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Le matage de tout film où Mitchum marche n'est pas une perte de temps. Mitchum c'est l'homme à la démarche la plus smooth de tous les temps. Mais que vaut-il vraiment dans ce western des mid-fifties signé de l'obscur Richard Wilson - dont il s'agit d'ailleurs du premier film ? Il faut bien reconnaître lors de la première heure qu'on est un peu dans le plan-plan aussi bien au niveau du scénar que dans la mise en scène : une ville où règnent en maîtres des petits caïds - qui agissent eux-mêmes sous la houlette d'un ventripotent homme de main qui reste longtemps dans l'ombre (belle apparition sur la fin "à la Welles"), un type qui passe par là et qui aime à jouer les redresseurs de tort (Mitchum seul contre tous), des personnages féminins qui n'ont d'yeux que pour notre héros (l'ancien amante de Mitch qui ne veut rien lui montrer, une jeune femme sur le point de se marier avec son ami d'enfance qui flaire toute la virilité du Mitch, une pute idiote à la taille fine...) et des habitants bien passifs qui voudraient que Mitch se débarrasse du poison qui pourrit la bourgade sans trop faire de dégâts non plus - autrement dit sans trop semer de cadavres ou casser de la baraque en bois (po bon pour le commerce)...

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La première heure n'est pas franchement déplaisante en soi, mais avouons que c'est presque aussi lisse que la toile cirée d'un saloon. On commence vraiment à plonger dans la personnalité du Mitch (peace man but also... hell man) lorsqu'on apprend l'épisode crucial de son enfance et surtout lorsqu'il a vent d'une terrible nouvelle qui va le faire flirter avec son côté le plus obscur, le plus infernal (le regard de traviole éclairé par les flammes que lance le Mitch après une vengeance un tantinet gratuite !!! Du Mitchum pur jus). Même Wilson finit par nous épater - justement au début de cette scène qui finit dans les flammes - avec un magnifique petit travelling de derrière les fagots : Mitchum tourne autour de sa future proie accoudée au bar, prêt à tout pour le prendre dans ses filets (le coup du lustre pour lui faire plier un genou, la remise du couteau pour lui faire signer son acte de mort). Le réal remonte encore un poil dans notre estime lorsqu'il signe ce joli plan symétrique avec Mitchum face à son amante que l'on perçoit derrière les rideaux d'une porte d'entrée, les deux étant séparés par un poteau en bois : parviendront-ils un jour à se rejoindre, à s'aimer à nouveau...? Wilson finira même par gagner toute notre sympathie lors de ce final filmé quasiment au ralenti et magnifiquement chorégraphié, le tout subtilement mis en musique - toute en fines nuances très discrètes. On n'est sans doute point dans le plan d'anthologie mais l'ensemble de cette séquence est tout de même de fort belle tenue - le roulage de pelle sur le générique finirait presque quant à lui par nous arracher un ptit sourire de tendresse... Richard Wilson est loin d'être un génie méconnu, hein, mais le type tente quelques plans tout à son honneur. Not a golden gun, for sure, mais un gun qui fait le boulot... Et pis il y a Mitch, les gars, the true one...

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