Brigitte Helm in LAtlantide Regie G W Pabst 1932

On ne peut pas toujours être génial, surtout quand on doit jongler avec des nouvelles technologies, vous me direz pas le contraire. Pabst se vautre quelque peu avec cette version française de L'Atlantide (il en a fait une allemande et une anglaise, paraît-il), mais on ne peut pas trop lui en vouloir : génie du muet, il éprouve quelque mal, c'est sûr, à s'adapter au parlant, et nous balance un film complètement bancal et mal fagotté. C'est d'abord sur le son, donc, que le bât blesse : c'est censé se passer en décors naturels, en plein coeur du désert, et les voix sont enregistrées visiblement dans le garage de mon papa, entre les bidons d'huile et la table de ping-pong. Comme les acteurs jouent comme des patates, ça n'arrange rien : tout sonne faux. Ce n'est même plus de l'exotisme de pacotille, c'est du fantasme légèrement rance de colonialiste du dimanche, que ce gros défaut technique artificialise encore plus. Plusieurs séquences sont encore prisonnières de la manière de faire au temps du muet et si visuellement, on a quelques satisfactions, Pabst se montre super maladroit au niveau du montage sonore (ces scènes d'ouverture, terriblement lourdes, où le récit passe de voix en voix interminablement).

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Deux légionnaires français à la recherche de l'Atlantide (c'est dans le désert, l'Atlantide ?) se font kidnapper lors d'un guet-apens. Ils apprennent qu'ils sont prisonniers de la fatale Antinéa, reine blonde au pouvoir de séduction irrésistible (c'est Brigitte Helm qui s'y colle, et franchement faut aimer le genre Heidi). Entre haine et amour fou, elle va perdre nos deux camarades jusqu'au dénouement terrible : trahison, meurtre, cris d'agonie et parties d'échec de la mort, le tout sur fond de voyage aux confins du Sahara, l'amateur d'aventures de 1932 pourrait en avoir pour son argent. Le souci est que tout ça se traîne en longueur. Il y a autant d'érotisme là-dedans que dans une borne, autant de suspense que dans un métronome. Pabst ne sait pas trop quoi raconter, et tire en longueur chaque séquence. La rencontre avec Antinéa, les retrouvailles de nos deux collègues, l'escapade finale dans le désert, tout ça se fait attendre trop longtemps, le reste du métrage étant composé de scènes inutiles, surjouées.

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Heureusement, on retrouve ça et là quelques traces du grand Pabst, dans des plans furtifs (beau travail sur les visages, sur les regards) mais aussi dans des séquences entières. Beaucoup aimé, par exemple, la découverte de la ville par Pierre Blanchar, hébété, au son d'un french-cancan anachronique : une sorte d'expérience d'hallucination, où Pabst arrive très bien à recréer la sensation de total largage de notre héros. Bien aimé aussi toute la fin, ce dénouement presque fantastique où le gars tord l'image dans tous les sens, et où on sent littéralement le soleil brûler la pellicule. Pabst est de toute évidence fasciné par Brigitte Helm, et la déifie façon reine de Saba en l'insérant dans des décors très inspirés, grandioses et simples à la fois. Quelques idées qui sauvent ce film de l'ennui complet, mais de justesse.  (Gols 04/11/13)


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C'est vrai qu'il est difficile de ne pas être déçu par cette œuvre de Pabst qui sent un peu la poussière. Poussé par le souvenir de l'ogre Depardieu dans Le Garçu se régalant de beugler "Antinéa, Antinéa", je m'attendais à un peu plus de sève et de dépaysement... Malgré toute la sympathie que l'on peut avoir pour Pierre Blanchar, genre de pré-ersatz de Hyppolite Girardot, force est d'avouer que ce bazar se traîne terriblement en longueur, se révèle affreusement bavard et manque autant de passion qu'un presse-légume. Il y a bien la petite idée shakespearienne de la servante (qui a du chien) amoureuse de Pierre amoureux d'Antinéa (Heidi ? Pas mieux) amoureuse du Capitaine Morhange qui pourrait insuffler un peu de peps à cette histoire placée sous le signe de « l’illusion légendaire », mais reconnaissons que Pabst n'y met pas vraiment du sien pour qu'il y ait un brin de feeling dans la chose. Lorsque l'on découvre la racée Antinéa et son guépard, on se dit que cela va envoyer du bois au niveau sensualité féline... Tu parles ! Le gars Blanchar joue aux échecs avec elle ce qui ne constitue pas vraiment une séquence d'un érotisme dingue...

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Il en deviendra dingue, de son Antinéa, malgré tout, apparemment plus impressionné par la statue géante représentant sa tête (c'est un intello, ce Blanchar, cela se sent, pas un sanguin), que par son corps - Pabst ose la scène dite "du pressage de seins" qui fait ni chaud ni froid. On ne ressent guère plus de titillement lors de cette longuette scène de French-Cancan : ce flash-back, censé donner un peu d'air à cette ambiance pesante aux tréfonds du désert, tombe malheureusement elle aussi à plat (pom, pom, pom ! On n'en peut plus du French Cancan !!!). Pabst rate également la séquence dite de la "tuerie sous influence" (ce pauvre Blanchar tuant son ami pour obéir à Antinéa) : il file à son acteur un pauvre maillet de croquet en plastique et on se marre de voir ce pauvre Blanchar faire pouet-pouet sur la tête de son pote. On aurait bien voulu être un peu plus chaviré par ce voyage au cœur du désert, sentir une atmosphère un peu plus prenante, un peu plus troublante mais dès le départ Pabst, avec cet acteur moustachu tout pimpant qui accueille le soldat Blanchar dans l'antre d'Antinéa, semble tout faire pour qu'on ne prenne pas vraiment son film au sérieux. Une Atlantide guère énigmatique et avec bien peu de charme... L'aventure cinématographique pabstienne (belle photo, allez) ne vaut en effet au final guère le détour...   (Shang - 14/10/16)

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