Danse-noire

J'aime bien Nancy Huston, généralement, mais cette histoire qui conte le destin des moutons noirs d'une famille sur trois générations n'est jamais vraiment parvenue à me captiver ou à vraiment m'émouvoir - même les retrouvailles sur la fin entre Milo et (...) sonne un peu plat. Faut dire que la gâte Nancy n'y va pas avec le dos de la cuillère au niveau du glauque : Milo fut un gamin abandonné, trimballé de famille en famille, et bien souvent battu (youpi !), Neil un activiste irlandais au début du siècle qui vit son meilleur ami se faire abattre sous ses yeux avant de s'exiler au Canada et vivre chichement sa vie d'écrivain raté (hip hip hip !) et enfin Awinata, jeune pute indienne malmenée (y'a de la joie !). Bref si vous êtes chômeur en fin de droit et que votre femme vient de vous quitter, c'est pas vraiment le bouquin que je vous conseille pour vous remettre en selle... Pauvreté, violence, déracinement, douleurs, drogue, exploitation... nos trois libres penseurs / libres viveurs auront bien du mal à trouver le chemin du bonheur... Nancy Huston nous fait traverser tout le siècle, nous emmène de l'Irlande au Canada, nous fait côtoyer deux grands auteurs très souvent cités (Yeats et Joyce) mais peine à donner un vrai souffle à ce roman "choral". Le problème étant peut-être cette constante volonté de, littéralement, "mettre en scène" ces différentes aventures (l'idée étant au départ de mettre ces trois destins sous forme de film) avec ces multiples indications "filmiques" qui nous font sortir de la trame à de nombreuses occasions - sans avoir en plus vraiment d'intérêt. On voit bien que chaque individu se doit d'affronter, quel que soit le lieu, l'époque, son lot de misère avant de pouvoir grappiller quelques secondes de bonheur (Awinata avec son amant (au moins au début), Milo grâce à la danse et ses aventures bisexuelles, Neil au travers de la littérature) mais tout cela a un petit air de déjà vu/lu (la pute indienne bafouée, le gamin battu, l'Irlandais écrasé coupé ensuite de ses racines... ouais, manquent le boucher d'extrême-droite et le garagiste fourbe - je plaisante, allons). Un petit Huston, à lire sur la pointe des pieds, qui n'est guère parvenu à me convaincre. Danse un tantinet macabre...