phpThumb_generated_thumbnailjpg
Un premier film ambitieux mais maladroit, sincère mais pompeux, et on ne sait jamais trop si notre balance personnelle penche du côté des points positifs (si on a de la bienveillance à revendre) ou de celui des défauts (si on est lucide). Ne jetons pas trop la pierre à ce film : il contient tous les excès un peu handicapants des premiers films qui veulent révolutionner le cinéma, mais au moins il veut révolutionner le cinéma, ce qui relève un peu le niveau des ambitions dans le paysage français. Il y a même des idées assez formidables là-dedans, un vrai sens de l'image et du cadre, quelques traits de dialogues qui marquent des points ; le tout, il est vrai, enseveli sous les ratés, direction d'acteurs, construction générale, crânerie évidente, défauts de rythme, etc.

20404191
Le gars tente le coup du film choral international, réunissant un casting dont on sent qu'il est très très fier : il y a de la comédienne art et essai (Hiam Abbas, John McLean), il y a de l'acteur de Johnnie To (Simon Yam), il y a de la sous-artiste de sitcom (Audrey Dana, je dis ça sans la connaître, mais son jeu équivaut à ça), et il y a même Alain Chamfort (qui, à voir sont teint et son expression, est mort en 1982 au moins). Chacun est en charge d'une poignée de saynètes qui n'ont qu'un vague lien ensemble (une telle trompe untel avec untel qui quitte une telle suivie par untel), mais qui toutes comportent leur lot de grandeur : un couple de magiciens vieillissants qui fait les comptes de son amour, un détective qui tombe amoureux de sa victime, un Chinois et une serveuse française en proie à un coup de foudre, etc. La tout placé sous le signe de l'incommunicabilité et de la perte des sentiments, filmé dans des cadres léchés jusqu'au pompiérisme, manifestement hérités à la fois de Wong Kar-Wai et d'Edward Hopper. On le voit : il y a de l'ambition, et de Lajarte ne doute jamais de sa capacité à mener à bien ce projet d'envergure. Mais, faute de moyens peut-être, faute de technique sûrement, faute de savoir quoi faire de ses acteurs évidemment, le gars se heurte très vite aux écueils de la chose : film choral, ok, mais il y faut de l'ampleur dans la mise en scène, un sens de l'espace imparable, une construction de scénario qui tienne la route. Or de cela, point : tout paraît faux, des décors artificiels (la voiture qui rentre dans la vitrine : un petit fumigène sous le capot et une poignée de débris de verre lancée sur une comédienne) à l'écriture à l'arrache des rebondissements. Avec un sérieux papal, de Lajarte voudrait réaliser THE film sur l'amour, un film finalement de fin de cinéaste en pleine possession de tous ses moyens ; mais malgré ses efforts, il ne réalise qu'une petite fable pataude et faiblarde très maniérée.

photo-Les-Jeux-des-nuages-et-de-la-pluie-2011-1
Cela dit, je le répète, certaines scènes contiennent de vraies idées : la mort d'un vieillard dans une chambre d'hôtel, filmée très lentement, dans le silence, très triste ; le beau plan long sur les magiciens enfermés dans une pièce tapissée avant que le mur tombe pour révéler qu'ils sont sur scène ; et surtout la jolie séquence finale, où un Américain et une Chinoise se font face mais ne peuvent communiquer que par l'intermédiaire d'un interprète qu'ils ont au téléphone : intrigant "manège à trois", tout en murmures et en regards, qui montre que de Lajarte peut être vraiment inspiré sur certains détails, et qu'il sait surprendre (c'est vraiment original). Son film contient un romantisme dandy assez prenant, qui n'apparaît malheureusement que de temps en temps, mais qui nous montre un homme de chair et de sang derrière la caméra. Un film très personnel, quoi, ce qui est une qualité. Lui reste à travailler un peu plus la technique et à calmer ses élans mégalo, et on aura peut-être un bon cinéaste au bout du compte.

64659