vlcsnap-2013-09-22-17h31m13s173

On sent dès le titre que ce film sera un brin partial. Il ne l'est pas qu'un brin. Frank Lovejoy as Matt Cvetic (le gars stoïque, froid, qui doit cacher son jeu - double sens...) infiltre ces gros enfoirés de coco qui sont en terre américaine. Double mission, pour ne pas dire triple, pour le gars : se faire passer auprès de sa famille pour un rouge, ce qui provoque haine et mépris de ses frères comme de son fils - il faut se sacrifier pour sa patrie, même si c'est parfois usant ; faire des rapports sur ces rouges qui n'ont en fait aucune sympathie pour les camarades travailleurs : ils les manipulent uniquement pour foutre le bordel et piquer leur pognon - cerise sur la gâteau, ils n'hésitent pas à faire croire que ce sont les Juifs qui sont à l'origine des troubles (vraiment des méchants et des gars torves ces cocos) ; enfin gérer une bien sympathique donzelle (Dorothy Hart), prof de son fils, qui lui fait du rentre dedans - elle est ouvertement coco : est-elle censée le surveiller de près ou a-t-elle vraiment des sentiments pour lui ? La vie de Frank Lovejoy, on le voit, c'est pas la joie.

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De la bonne vieille propagande simpliste vintage adaptée d'une "true story" au sens ricain (et considérée d'ailleurs aux Oscars comme un documentaire (!)), faisant de Cvetic un homme intègre et droit - alors qu'apparemment il avait quelques casseroles au derrière dans la vraie vie (alcoolique, violent...). Mais passons, n'enfonçons point le clou avec un marteau ou une faucille, on ne s'attendait guère à autre chose. Tentons alors tout de même de sauver deux-trois petites choses dans ce film noir qui, à défaut de faire preuve de style, est relativement bien rythmé et se montre convaincant dans une poignée de séquences : ainsi celle où Dorothy débarque chez un gars Frank totalement pris au dépourvu ; elle le charme en deux temps trois mouvements (un petit pas esquissé en sa direction pour se retrouver à dix centimètres de son visage, une phrase susurrée pour bien lui faire comprendre qu'elle se sent seule et un sourire assuré qu'elle lui lance avant de s'effacer) : cela le laisse tout chose et nous avec ; bien aimé aussi sur la fin la scène de course-poursuite avec Frank/Dorothy pris en chasse par les cocos (eux-mêmes surveillés par un agent du FBI) qui se clôt lors d'une séquence trépidante dans un tunnel de chemin de fer (échange de coups de feu et rail tragique...). La fin est quant à elle affreusement happyendesque (the truth and the reconciliation...) avec d'ailleurs une pauvre Dorothy bêtement oubliée en route dans une chambre d'hôtel... Pas une oeuvre d'art ni du document-vérité, loin s'en faut, juste un petit film de genre d'une subjectivité folle propre à son époque... 

vlcsnap-2013-09-22-17h38m28s168

Noir c'est noir, clique