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Même la Belgique finit par être gagnée par les peurs d'Apocalypse... Où va le monde ? Reconnaissons que cette cinquième Saison est tout d'abord d'une facture esthétique irréprochable, chaque plan étant soigneusement cadré (bel usage des lignes verticales qui viennent "cloisonner" les personnages), chaque travelling magnifiquement agencé. L'hiver s'abat donc comme chaque année sur ce plat pays qui est le leur mais la consternation et l'effroi commencent à se saisir des habitants quand le Monsieur Hiver surplombant un bûcher refuse de s'enflammer... C'est le début de la fin : les abeilles meurent, la terre se fait stérile, les poissons agonisent dans les rivières, les pis s'épuisent, les fleurs refusent d'éclore. On assiste littéralement à la Fin des Temps, il se met à neiger en hiver, des pluies torrentielles noient le pays. La populace forcément est aux abois et dans ces cas-là rien de mieux que de trouver un bouc-émissaire pour exorciser les peurs : un vendeur de miel itinérant et sa fille handicapée (en quelque sorte une personne "du voyage" et une personne "inadaptée" à cette société encore plus cruelle en tant de disette... Nan, je ne ferais pas de parallèle avec la situation actuelle, too easy) vont faire les frais de cette colère qui monte ; le temps des sacrifices humains est de retour, les Incas se marrent dans un coin du ciel.

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Brosens et Woodworth procèdent par petites vignettes qui possèdent au départ une réelle truculence (ces géants qui s'invitent dans ce paysage morne, cet homme et son coq qui se font face...), une réelle humanité (ces deux amants dont les bouchent s'effleurent, ce ptit vin chaud offert à une population en fête...). Puis l'ambiance se délite, les amants n'arrivent plus à "s'atteindre", à se toucher (belle séquence très physique où l'on sent les forces (de l'amour) progressivement quitter ces corps), les couleurs s'estompent (la très belle scène à l'impact visuel immédiat où un liquide laiteux se met à couler le long d'un mur), la photo prend des couleurs minérales avant que le grisâtre finisse par tout envahir... Le temps n'est plus aux rires mais au tragique, les éléments se déchaînent et la populace d'emboîter le pas au climat avec ce rite sacrificiel d'un autre âge... d'un âge barbare qu'on pensait définitivement enfoui. Au royaume des morts, les idiots et les autruches sont rois (ultime vignette choc). On pourrait regretter que le sérieux, le symbolisme finissent un peu par plomber l'atmosphère dans ce film qui parvenait, au moins au départ, à tirer du spectateur un petit rictus salvateur. Certes le sujet n'est pas à la poilade mais les deux cinéastes, dont les images finissent par devenir un brin sursignifiante - on voit venir la fin de loin -, semblent avoir eux-mêmes perdu en route leur humour, comme englouti dans leur projet mortifère. Un ptit bémol qui n'enlève en rien à la qualité plastique de la chose et à l'impact de ces images morbides sur le spectateur. Magnifique mise en bière, belge.

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