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Ah tiens un film noir qui avait échappé à mon affûté camarade, ça devient dur à trouver. Bon, ceci dit, ça lui a échappé ou il n'en a pas voulu, puisque c'est vrai que ce film est vraiment tout petit, malgré une classe certaine au générique : on reconnaît sans conteste la patte de John Huston au scénar, et on apprécie de retrouver Peter Lorre et Sydney Greenstreet en tête d'affiche. Mais la réalisation est platounette, voire maladroite, et le scénar est trop invraisemblable et tiré par les cheveux pour ne pas s'écrouler peu à peu. Trois étrangers rassemblés au hasard se livrent au début à une sorte de messe noire autour d'une statue chinoise, et mettent tous leurs espoirs dans un ticket de tiercé qui résoudraient bien leurs problèmes. Car, entre celle qui est en plein milieu d'un divorce douloureux (la salope Geraldine Fitzgerald, Tierney du pauvre mais pas mauvaise actrice), celui qui s'est endetté jusqu'au cou dans des manipulations financières douteuses (Greenstreet, anglicissime et très drôle dans sa construction de personnage) et celui qui a participé à un braquage (Lorre, génial), il y a bel et bien problème. Seront-ils sauvés par le gong ?...

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Le scénario tente l'acrobatie mais manque un peu de la virtuosité nécessaire : on suit tour à tour les déboires des trois personnages, que Huston voudrait emmêler façon "valse de la vie". Mais ça ne donne souvent qu'une succession hâchée d'histoires, comme si trois courts-métrages n'arrivaient pas à en faire un long. Comme en plus ces histoires ne sont pas vraiment passionnantes, on s'ennuie un peu à suivre cette histoire emberlificotée (le film est plein comme un oeuf) qui ne mènera qu'à une résolution abracadabrantesque et sans sens. Negulesco fait son taff avec conscience, mais apparaît comme un exécutant fade, surtout pour doper ce scénar pas fini. Heureusement, les petites mines de Peter Lorre, qui pour une fois a presque un bon rôle, la beauté de certains décors (l'abri sous le pont), la rapidité de l'ensemble, marquent des points. Tout comme les dialogues de Huston, délicieux quand ils jouent sur le double sens au début du film, puis étonnamment amers par la suite : il y a un passage autour d'un gramophone abandonné dans une cellule qui vaut tous les Oscar Wilde du monde. Ca sauve le film du banal complet, et on passe finalement un moment agréable.

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Noir c'est noir,