a Au Hasard Balthazar criterion dvd review PDVD_018
Je n'avais pas revu ce film depuis ma tendre jeunesse, et aujourd'hui je me demande comment je l'avais pris à l'époque. Au Hasard Balthazar a certes tous les aspects d'un film pour enfants, avec son joli âne et sa petite fille aimante, et pourtant il y a là-dedans un désabusement, voire un désespoir vraiment prégnant. Non, je ne le conseillerai pas à mon petit neveu. On suit les mésaventures de Balthazar, âne sympa qui va passer de maître en maître tout au long de sa laborieuse existence : d'abord recueilli par une enfant en fleurs, Marie, il va au gré des flots devenir la propriété d'un jeune loubard, d'un clodo aviné, d'une compagnie de cirque et d'un vieux paysan libidineux. Avec, comme constante à ces différentes aventures, coups dans la croupe et maltraitances diverses.

a Au Hasard Balthazar criterion dvd review PDVD_013
On ne comprend que peu à peu où Bresson veut en venir avec son âne : il va devenir le symbole de la dureté de l'existence, sa présence discrète devenant le témoin d'un monde moderne violent et brutal. C'est une bien belle idée de faire porter à ce petit animal charmant et enfantin toutes les misères du monde. L'injustice dont il est victime en ressort d'autant mieux. Ses grands yeux doux assistent successivement à un catalogue assez complet de tout ce qu'il y a de misérable dans l'existence : renoncement aux idéaux de l'amour, alcoolisme, prostitution, trafics divers, mort, mensonge, etc. La caméra de Bresson sait toujours à quel moment faire apparaître son âne à l'écran, pour rappeler que tout ça, finalement, est vu pas lui, ou en tout cas qu'il constitue le "thème" principal du film. Caché sous des aspects de film pour enfants, il y a dans Au Hasard Balthazar un vrai tourment, un désenchantement certain, un pessimisme aigu.

a Au Hasard Balthazar criterion dvd review PDVD_017
On peut être repoussé par la froideur du dispositif de Bresson, qui comme à son habitude dirige ses comédiens vers le non-jeu, monte son film de façon raide et sèche, vide en quelque sorte son histoire de sentimentalisme. Mais la musique de Schubert, le très beau noir et blanc, la frimousse d'Anne Wiazemsky, la narration très linéaire, tout ça compense la froideur apparente. Et puis, finalement, on ne peut qu'être reconnaissant à Bresson de ne pas souligner toutes les émotions, de nous laisser vibrer (ou non) aux aventures de son âne. Le film est du coup étrangement calme, les moments de violence survenant sans "spectacle", sans en faire trop (ce qui la rend d'ailleurs souvent plus raide encore : insupportable de voir cette pauvre bête recevoir des coups). Beaucoup aimé notamment la succession de gros plans sur des gestes simples, une main qui se pose sur une nuque ou un ventre, une porte qui s'ouvre, etc, plans mathématiquement cadrés mais qui deviennent très beaux et très "signifiants" par la précission de la direction de Bresson : on comprend toute la violence exercée par le voyou sur Marie par sa seule façon d'attraper sa nuque. La fin, qui montre avec beaucoup de sensibilité la fin d'un amour, et du coup le trépas brutal de l'âne qui le symbolisait (je fais du spoiler sur un Bresson, c'est pointu) est assez ravageuse, malgré ou grâce à la simplicité du procédé : un troupeau de moutons qui entoure Balthazar, puis le laisse seul, un dernier plan sur la bête allongée, fin, c'est très beau. Pas toujours très client de ce cinéma janséniste, mais je reconnais quand même la grandeur de ce film étrangement émouvant.

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