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Sarah Polley exhume les secrets de famille et le moins qu'on puisse dire c'est que l'on va de découverte en dévouverte à propos de son réel géniteur... C'est un peu le McGuffin de ce doc qui mêle très habilement interviews et films vidéos, qu'ils soient originaux ou habilement "recréés". Si, comme dirait ma grand-mère, "c'est pas ordinaire" comme histoire, le doc de Polley va tout de même un peu plus loin que la simple "anecdote" familiale. Plus elle semble aller vers des choses personnelles pour ne pas dire intimes, plus elle touche à quelque chose - sans vouloir sortir les grands mots - d'universel : après tout il n'est jamais question que d'amour, d'amour trompé, d'amour plan-plan, d'amour-passion, d'amour entre parents et leur progénitures. Si pour Polley, il semble important dans ce projet que chacun des membres de la famille, des proches, puisse donner LA version de SON histoire (finalement la plupart des avis finissent par concorder, l'analyse du caractère de telle ou telle personne, en particulier cette mère excentrique gonflée à l'énergie, ne diffère pas tant que cela d'un individu à l'autre), l'intérêt du doc est sans doute à trouver ailleurs : l'usage de ces "fausses" vidéos (qui nous donnent l'impression de suivre cette famille sur trente ans) et le fait qu'il y ait dans l'entourage de Sarah nombre de personnes en relation avec les milieux artistiques permettent de "mettre en scène" une véritable saga familiale du mensonge, du non-dit, des secrets - lourds à porter - (connaît-on jamais vraiment les gens qui nous entourent, je ne prends même pas la peine de poser la question) tout en arrivant à déterrer de petits instants poignants, touchants d'absolue vérité. Cet oscillement est un parfait écho à cette idée d'histoires que chacun peut raconter avec toujours sa part d'imagination, de "création", de distorsion et d'émotion très personnelle ; pour être plus clair (enfin, je l'espère) le fait d'avoir une vision "chorale" de l'événement n'apporte pas grand-chose au récit (les interviews sont en plus parfois un peu répétitives, sans parler de certaines personnes qui n'ont po grand-chose à dire...). Mais Polley arrive à traquer, notamment au contact de Michael Polley et de Harry Gulkin, quelques jolis petits moments suspendus d'une réelle intensité - comme si elle parvenait à toucher du doigt - ou tout du moins du bout de sa caméra - une "vérité" profonde, mise à nue (sentimentalement parlant), chez ces personnages relativement introvertis, secrets qui ont vécu dans l'ombre de cette Diane (la mère de Sarah) à laquelle la cinéaste donne une sorte seconde vie... Intéressant dans la forme, plutôt prenant dans le fond (on se retrouve toujours un peu dans la famille des autres, quelle qu'elle soit...), un malin ptit doc d'un genre nouveau.

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