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Connaissant la version '57 (Elle et Lui in french, An Affair to remember en v.o.) sur le bout des ongles, il est clair qu'il y a comme une impression de "déjà vuou" en découvrant cette version vintage de 38. Cela ne gâche en rien le plaisir, tant cette romance portée par le frenchy Charles Boyer (si vous parlez la langue de Molière et que vous voulez réussir votre carrière aux Etats-Unis en tant qu’acteur, misez tout sur le jeu des sourcils - Boyer, Chevalier, Dujardin, même combat... ok, pas que) et la délicieuse Irene Dunne porte en elle quelque chose de naturel, d'évident, de léger (au niveau du flirt)... et d'émouvant. En plus, il y a au générique de quoi mettre d'accord notre trio de commentateurs fous-furieux (cuvée summer '13) : Delmer Daves au scénar, Edward Dmytryk au montage, Rudolph Maté à la caméra... N'en jetez plus...

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Même si tous les regards sont braqués sur nos deux tourtereaux qui, le temps d'une croisière, flirtent méchamment ensemble, McCarey parvient parfaitement à nous faire comprendre que nos deux amants - platoniques - sont seuls au monde. Même s'il flotte autour de notre petit couple comme un petit parfum de scandale, les autres participants à cette croisière ne sont que sourires et regards vains et leur voix qu'un simple brouhaha. Boyer et Dunne (avec des fringues mettant délicatement en avant sa carrure de joueuse de football américain… Ouais, la mode en 38 semblait lourde à porter…) tentent bien de la jouer discrète, ils s'attirent comme deux aimants : plus ils essaient de s'éviter, plus le destin les pousse à la promiscuité. Contre cela, comment lutter ? On est loin de la screwball comedy avec ces dialogues qui se percutent à l’infini, ici chaque mot semble être pesé, chaque silence fait sens et l'on prend un infini plaisir à découvrir, en spectateur un brin voyeur, cette complicité en train de naître entre deux êtres qui étaient en route vers un tout autre destin - le fiancé de l'une et la fiancée de l'autre attendant sur le quai (ils y resteront d'ailleurs jusqu'au bout...). Un coup de foudre qui ne mènera malgré tout pas en ligne directe au bonheur, les aléas de la vie, ma bonne dame, se montrant parfois retors.

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Comment ne pas évoquer cette fameuse escale à Madère - la chapelle, la grand-mère, le piano, le châle... - où nos deux amants vont réellement apprendre à communier ensemble autour des mêmes valeurs - familiales, musicales, amicales... une tendresse et une candeur qui en seraient presque too much si McCarey n'avait pas ce doigté subtil : toujours savoir s'arrêter au bon moment avant de tomber dans le mélo... Après cette séquence, le retour sur le bateau, leur promesse de se revoir et leur retour à quai, on est tellement tendu en vue de leur prochaine rencontre qu'on finirait presque par oublier le reste du film : il est vrai qu’à part cette attente terrible de Boyer en haut de l'Empire State Building, le film file un peu entre les doigts - comme si l'on zappait inconsciemment toutes les séquences où nos deux héros n'étaient plus ensemble : ceci, loin d'être une faiblesse dans l'œuvre, constitue au contraire un véritable tour de force - deux êtres vous manquent et tout le film est dépeuplé... Nom de dieu de nom de dieu, se lance-t-on tout haut intérieurement, ils vont bien finir par se recroiser, par se dire la vérité, par retomber dans les bras l’un de l’autre... Il y aura alors ce terrible final où... enfin... Elle... tardant à avouer... Lui... tardant à comprendre... Eux... s'échangeant les rôles dans le fameux épisode de l'attente... L’histoire du châle bis... Celle du tableau... Le visage torve de Boyer (presque mitterrandien (...!) - mais c'était peut-être la buée sur mes lentilles qui me donnait des hallucinations) prenant enfin conscience que... Le générique tombe irrémédiablement en même temps qu'une larme ou une lentille... Pôh pôh pôh... 1938, 1957, même combat (sentimental), même résultat. Bref encore un classique du ptit père Leo.   (Shang - 05/09/13)

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Un mélo subtil, deux termes qui ne collent pas forcément ensemble mais qui ici font entendre tous les deux leur voix : c'est mélo parce que la trame du film, qui démarre pourtant comme une comédie pétillante, ira plus d'une fois flirter avec le grand sentiment tu et l'amour impossible ; c'est subtil, parce que, malgré le poids de ce qui est raconté, McCarey est toujours d'une rare finesse dans les dialogues, un trésor de sinuosité pour dire les choses sans les dire (et ce du début à la fin : on se dit qu'on s'aime tout en faisant semblant de se fuir ou de garder ses distances polies, on se dit qu'on ne se quittera plus tout en parlant de billets de bateau et de tableaux). Résultat : un scénario proche de la perfection, tant tout semble couler de ces scènes ineffables et jolies à mourir, qui ne tombent jamais complètement dans les grands emportements et savent toujours, à l'ultime moment, désamorcer un drame ou éviter le pathos. Malgré la douleur éprouvée par nos deux amants, beaucoup de séquences, presque déconnectées de ce fil rouge, apportent leur lot de gentille comédie : le choeur des enfants, la chanson d'Irene au cabaret, la magnifique scène des séparations sur le quai (avec les vrais amoureux qui font tout pour gêner les retrouvailles des "faux"). Les deux acteurs sont absolument parfaits pour ça : Boyer, d'une élégance désuète, toujours drôle même quand rien ne l'y pousse, énergique et glamour ; Irene Dunne (le plus beau nez de l'histoire du cinéma ?) touchante et raffinée, et jamais en reste quand il s'agit de donner la réplique rigolote à son partenaire. Pour une fois, ce film ne donne pas la part de comédie à l'acteur et de glamour à l'actrice : sur un pied d'égaité, les deux sont aussi pétillants et émouvants, aussi forts ou faibles, l'un que l'autre. Allez, pour faire mon grincheux, je dirais que la mise en scène, elle, n'est pas prodigieuse, et qu'on voit plein d'endroits où McCarey manque le coche du chef-d'oeuvre formel : les scènes de Noël, pas senties du tout (alors qu'elles sont un sine qua non de ce type de productions), ou les séquences qui se situent en-dehors de la trame principale sont trop fonctionnelles. On apprécie le montage interne aux scènes des amoureux, moins la construction générale du film, avec ces scènes trop courtes ou manquant de fluidité entre elles. Ces réserves, mine de rien, empêchent le film d'accéder au grand chef-d'oeuvre qu'il aurait pu être. Il n'en reste pas moins qu'on quitte cette jolie chose avec la larmichette de bonheur aux yeux, et qu'on est bien content d'avoir vu la chose (je m'étais contenté jusque là de la version de 57).   (Gols - 08/04/20)

Love-Affair