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Aaaaah, toujours un plaisir de retrouver un de ces fameux « westerns de l’attente » (marque déposée) surtout lorsqu’il est magnifiquement mis en noir et blanc par le sieur Milton Krasner et qu’on retrouve au premier plan comme au second des acteurs qui tiennent la route : Tyrone Power dans le rôle d’un gars « mal dégrossi », un peu emprunté mais qui saura se révéler pas si branle-la-guiche au moment opportun, Susan Hayward Hathaway dans la lignée de ces femmes du Far-West au caractère bien trempé, pas du genre à laquelle « on la fait » mais qui saura montrer sous sa cuirasse qu’elle a aussi un ptit cœur qui bat, Hugh Marlowe (Zimmerman) dans le rôle du méchant opportuniste, beau gosse à la fois éduqué et autoritaire qui devra se méfier jusqu’au bout de ses propres associés, Jack Elam (Tevis), la tronche de l’emploi dans cette interprétation du sadique de service, incontrôlable et difficilement contrôlé, qui risque de tout faire foirer au moment crucial, et puis deux bon vieux gaziers barbus, pas plus dangereux que des grenades dégoupillées en charge d’épauler Zimmerman, ce véritable colosse, au niveau de l’organisation, aux associés d’argile. Le pitch tient sur une main : quatre malfrats prennent la fameuse station de Rawhide située sur la route mythique entre San Francisco et Saint-Louis. Ils attendent un important convoi d’or et tiennent en otage un des responsables de la station (Tyrone) et une femme (Susan) avec son bambin qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment. Notre petit couple, associé pour l’occase (au départ, ils ne peuvent pas vraiment se sentir, forcément), saura-t-il faire preuve de synergie pour contrer ces bandits - notamment les hommes de main aux allures de bras-cassés ?

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Il y a de belles choses dans ce récit, comme la montée en puissance du gars Tyrone dans ce rôle un peu ingrat qui se transcende le moment venu : après avoir tenté des petits plans foireux pour tenter de déjouer les malfrats (faire un trou dans le mur avec un couteau à beurre (j’exagère à peine), donner un petit mot d’avertissement à un convoi en transit, voler un pistolet…), après un terrible aveu d’impuissance face à une Susan un peu hautaine (Oui, bordel, j’obéis aux ordres de cet enfoiré, mais c’est parce que j’ai la trouille de mourir, ma pauvre), notre homme va tout faire pour prendre son courage à deux mains et le soulever à bout de bras… Le film, à mes yeux, culminera avec ce baiser échangé avec la Susan, baiser qu’ils se voient contraints de faire pour « garder la face » (ils passent aux yeux des bandits pour mari et femme, un stratagème échafaudé au départ par Tyrone pour, espère-t-il, sauver Susan : comme les quatre hors-la-loi ont besoin de lui pour réussir leur plan finaud (ils ont déjà flingué son associé), ils n’oseront sûrement pas descendre sa femme avant d’avoir réussi le coup) : Tyrone et Susan, même s’ils l’avaient souhaité au fond d’eux-mêmes, n’auraient jamais osé passer à l’acte aussi rapidement - question de fierté (moi homme solitaire), de respectabilité (moi femme farouche), de circonstances (on n’est plus dans le tragique (l’associé de Tyrone abattu froidement) que dans la gaudriole) … Puis, pour obéir une nouvelle fois sagement à un ordre, ils n’ont pas d’autre choix : ce sera un baiser fougueux, superbement reflété dans une glace (leur inconscient - les petites tensions entre eux qui cachent toujours plus d’attirance que de rejet - se révèle enfin au grand jour… et en même temps), qui semble agir comme un coup de fouet pour Tyrone dorénavant prêt à tout pour vraiment sauver leur peau.

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Il y a enfin ce personnage ultra-torve de Tevis qui dévisse, louche dans tous les sens du terme, qui fait planer tout au long du film une menace non seulement sur Anne mais aussi sur la réussite du plan. Versatile, violent, ricaneur, bagarreur, puéril, c’est le véritable poil-à-gratter de la chose parmi ces individus finalement relativement sages et prévisibles (attention tout de même à cette gamine haute comme trois pommettes qui pourrait également réserver des surprises…). C’est lui le petit soupçon de folie qui donne du juice à ce western à la trame relativement « classique » (l’attaque programmée, la love story qui ne veut pas s’avouer…). Belle œuvre de l’ami Hathaway qui apporte sa petite pierre à l’édifice des grands « westerns d’attente » (en attendant Gold-ot ?... Rah ça va).

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