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On ne peut pas dire que je mets de la mauvaise volonté au sujet de Jeff Nichols, continuant de m'intéresser à chacun de ses films. Seulement voilà, une fois encore, je trouve l'ensemble loin d'être déplaisant (tiens, je vois que nos deux commentateurs sportifs les plus assidus en disent le plus grand bien), joliment cadré et interprété (Nichols a un style bien à lui... dont il semble ne jamais déroger quitte à ce que cela vire un peu au tic : ces longues plages de musique pour donner une atmosphère trouble (c'est tout ce qui fait un style, me ferez-vous remarquer... mais le pépère ne prend guère de risque et cela vire parfois presque au tic...)) mais le scénario me semble encore une fois un peu trop "écrit" pour ne pas dire méchamment téléphoné : toute nouvelle information, tout nouvel élément va avoir un écho automatiquement plus loin dans le film ; on se croirait presque parfois dans du Shyamalan (Remember Signs ? C'est un peu un coup bas de ma part, certes) avec cette volonté de ne rien laisser au hasard, de donner forcément une suite, une "application" à l'un des propos entendus plus tôt ; je m'explique : Mud s'est fait piquer plus jeune par un serpent et la prochaine morsure sera fatale - idée forcément exploitée plus loin quand il se "sacrifie" pour Ellis ; Tom Blankenship fut un tireur d'élite, apprend-on sans qu'on voit vraiment l'intérêt au départ - Nichols saura trouver un usage adéquat à cette info ; Galen installe des lumières sur son scaphandre de fortune, voilà une belle initiative qui saura là aussi finalement trouver sa place dans l'histoire; "l'amour, mon petit, des fois ça dure po", ah ? Exemple no 1 : le père et la mère d'Ellis, mouais, exemple no 2 : Mud et sa girlfriend, moui, exemple no 3 (c'est un récit initiatique, il faut donc sa dose d'illustrations et d'expérience) Ellis et sa chtite qui l'envoie paître - bon la démonstration est claire, vous pouvez pas dire qu'on ne vous avait pas prévenus ! Pareil pour le parallèlisme un peu lourdingue entre Mud (assassin) et Ellis (gamin aux coups de poing) en grand défenseur des femmes... La morale de l'histoire : c'est beau de se battre, mais la vie, les histoires d'amour finissent par être souvent décevantes... néanmoins, il ne faut pas désespérer, tout finit un jour par s'arranger, c'est aussi chouette la vie, faut garder espoir, sa ligne de conduite... Après le film de la Vengeance... où le Pardon n'est jamais loin (Shotgun stories), le film de la Peur où la catastrophe n'est jamais loin (Take Shelter), voici venu le film de la Déception... où l'Amour (sexuel ou familial, l'amitié même) n'est, malgré tout, jamais loin. Vous me sentez un peu caustique sur le sieur Nichols, c'est pas faux ; allez, tentons de nous rattrapper un poil.

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Alors oui bien sûr, on sent une évidente maîtrise formelle chez ce jeune Nichols, que ses plans soient d'ailleurs totalement fixes ou légèrement en mouvement - notamment sur l'île où se trouve Mud - ; il faut aussi reconnaître que, dès le départ, ces apparitions du très fantomatique Mud marquent des points (belle idée que ses pas qui disparaissent sur la plage et la découverte soudaine de sa silhouette au second plan alors que les gamins le dissimulaient au premier : cet homme "qui les guidera, les initiera et les sauvera" (tout du moins Ellis) - une sorte de "Noé du pauvre" avec son bateau dans les arbres - est-il la projection de leur imagination, de leur subconscient à la recherche d'un père - plan-plan chez l'un, absent chez l'autre ? Autre bon point évident avec la direction des acteurs souvent irréprochables (du gars McConaughey à ces vieux de la vieille qu'on pensait morts : Sam Shepard et... Reese Witherspoon) ; même les gamins sont plutôt pas mal malgré parfois quelques airs candides parfois un peu too much. Le film pèse son petit poids (130 minutes) mais cela ne m'a finalement guère gêné tant l'on a fini par prendre l'habitude (je vais finir par y succomber totalement un jour, vous allez voir...) à ce style de plan "très étiré" chez Nichols capable, au détour d'une séquence, d'une soudaine accélération dans le rythme qui fait son petit effet (le sauvetage du gamin méchamment indianajonesé (... TINtintin, tinTINtin) ou cette fusillade plus réussie). Bref, indéniablement de la belle ouvrage mais des petites facilités pour ne pas dire "ficelles scénaristiques" un peu trop grosses pour que je me range à l'avis de certains et vois déjà en Nichols un nouveau génie du cinoche ricain... Laissons-le mûrir... son style narratif un peu "propret" finira sans doute aussi un jour par évoluer - avec tout mon respect, Jeff, bien sûr.   (Shang - 23/08/13)

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Sans vouloir déchaîner une nouvelle vague de commentaires de la part de nos lecteurs les plus estivaux (voir l'impressionnant débat ci-dessous), je dois avouer une nette déception face à ce Mud, tout comme mon petit camarade. Pas déplaisant effectivement, mais l'impression assez nette que tout ça manque de sève, de passion, et que ce cinéma-là serait une sorte de cinéma cérébral sans l'intelligence. Ca a tous les aspects du film profond, mais ça n'en a pas... la profondeur, quoi.

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Nichols se pique visiblement de faire une sorte de Tom Sawyer moderne, avec ces deux bambins partant en quête de l'île inconnue et y découvrant les choses de la vie ; ou en tout cas de conte initiatiques avec tout ce qu'il faut comme symboles : la traversée du fleuve, l'ogre qui les attend, le serpent, etc. Mais c'est peut-être là que le bât blesse : tout semble signifiant, tout est enfoncé dans une allégorie un peu lourdaude sur l'initiation, le passage à l'âge adulte, le renversement enfant/adulte, et on oublie en retour de filmer des corps, ou même simplement une histoire crédible. Difficile de se projeter dans ces deux adolescents sérieux comme des papes, dont l'amitié n'est pas crédible, ni la débrouillardise à tout crin. Nichols a voulu opérer un subtil échange entre la "compétence" de son jeune héros et le romantisme un peu naïf de Mud, c'est intelligent ; mais on n'y croit guère. On me rétorquera qu'un conte n'a pas à être vraisemblable, certes ; je voulais juste un peu plus de vie là-dedans.

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C'est vrai que Nichols sait indéniablement filmer, cadrer, diriger ses acteurs. Il sait toujours bien rendre compte de la mort tapie sous la nature (la belle idée du bateau accroché dans les arbres, les serpents dans la flaque d'eau), toujours ménger ses effets et ne pas trop en faire dans la mise en scène. Mais son style, comme le dit le gars Shang, va finir par ressembler à une série de tics : temps étiré à l'excès, aspect contemplatif qui se déroule même sur des plans sans intérêt, musique planante, personnages mutiques. Ici, ce rythme plein d'ampleur n'est pas très justifié par le scénario, finalement bien innocent voire fade, et on s'ennuie assez nettement. ce n'est pas la belle séquence de la fusillade, tellement retardée qu'elle sent le réchauffé, qui nous sauvera vraiment de l'enfouissement mollasson dans le canapé. Comme si le film promettait beaucoup et ne nous servait qu'un agréable récit initiatique à la Moonfleet, mais sans pirates, sans danger et sans violence.   (Gols - 11/09/13)