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Ah cette belle jeunesse nippone des sixties… Va-t-elle définitivement partir à la dérive ou serait-il temps pour elle de se ranger ? Kijû Yoshida suit les traces de Jun (toujours aussi bon ce Hizuru Takachiho) qui passe son temps à se branler la nouille avec le fils d’un boss richissime et deux gaziers opportunistes. Entre petit braquage pour rire de la secrétaire de la boîte et séances de picole, l’ambiance n’est pas non plus délirante. Faut dire que le fils du boss traverse une crise existentielle (entre tendance suicidaire et lecture de Rimbaud…) et les deux autres branquignoles ne pèsent pas lourd ; Jun se retrouve également pris entre deux feux : se mettre à la colle avec cette secrétaire sage et mature qui lui fait les yeux doux et se ranger ou continuer de partir en live avec ses potes pour profiter de cette jeunesse qui tire à sa fin ? Il s’agit d’un véritable tiraillement pour l’ami Jun qui voit bien, d’un côté, que toutes ces conneries puériles ne mènent à rien (ca va deux minutes de se faire traiter de bon à rien) mais de l’autre, n’a pas non plus véritablement envie de rentrer dans les rangs… Même si leur petit chef - le fils du boss - n’a pas l’air d’avoir beaucoup de neurones, c’est lui qui résume pourtant le mieux ce climat délétère, cette croisée des chemins : passant son temps au bord de la mer à mater l’horizon, ce sera le premier à déclarer que cette jeunesse vit ses derniers jours. Ben oui, faut grandir les enfants, fils à papa ou petits branleurs sans le sou, c’est bien gentil de jouer les rebelles mais tout a une fin. Yoshida, par le biais de ces deux gamins lucides, nous assène mine de rien comme un coup de masse sur la tête (enfin, gentiment, ne nous faisons pas plus naïf que nous sommes). Mais Jun est un gars compliqué… Ah !

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Jun en est encore au temps des hésitations ; la seule chose dont on peut être certain par rapport à lui c’est qu’il déteste qu’on lui impose quelque chose, qu’il exècre à rentrer dans le jeu de qui que ce soit. Ses potes se moquent de cette secrétaire, il prend automatiquement sa défense, celle-ci l’attend à la sortie de son nouveau boulot, il préfère se casser avec une fille bêtasse, plus personne ne l’attend au bord de la mer au côté du petit chef richard, il finit par s’y rendre, une jeune fille tombe rapidement dans ses bras lors de cet été particulièrement étouffant, il préfère rentrer à Tokyo pour en suer… Incontrôlable, versatile, imprévisible... mais lucide comme incarnant cette jeunesse qui ne voudrait pas finir d'en finir, tout en ayant déjà parfaitement conscience de ses limites. Il y a là-dedans quelque chose de tragique (une sorte de situation insolvable), et, ne vous inquiétez pas, on aura justement droit à une fin clairement àboutdesoufflesque…

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Yoshida livre un film très linéaire, soignant la composition de ses cadres sans trop en faire (les quatre jeunes souvent répartis aux quatre coins du format scope comme s’ils étaient coincés dans leur bulle de branle-manette) et faisant baigner ses personnages dans une légère atmosphère jazzy particulièrement bienvenue. Nos jeunes, même quand ils tentent de faire les 400 coups, s’ennuient, ont bien du mal à se passionner, à aimer et même quand l’amour finit par pointer le bout de son nez (entre Jun et la secrétaire), il est tellement difficile de vouloir s’y plier (Hey Jun !) qu’il y a forcément en germe - dans cette volonté de vouloir nier l’évidence - quelque chose de tragique… Toute une époque ou plutôt la fin d’une époque dans une assiette… Un Yoshida carré teinté de désillusions... Et c’est son tout premier film, au bougre.

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