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Il y a toujours un truc dans les films de Capra qui finit par vous cueillir. Il serait capable, le bougre, de vous montrer toute l’humanité qu’il y a dans une huître ou dans une loutre. Il part pourtant cette fois-ci plutôt de loin au niveau du romantisme : Barbara Stanwyck (je vais finir par avoir vu tous ses films grand Dieu) met les pieds en Chine (Shanghai, a vague personal souwenir…) alors en pleine guerre civile pour s’y marier. Son mari est un ami d’enfance, il est jeune, il est beau, il est bon : il lui demande de remettre le mariage à plus tard le temps d’aller sauver une poignée d’orphelins pris entre deux feux. C’est du suicide mais elle le suit vaillamment plein de petites étoiles dans les yeux. Seulement qui fait le malin finit par se faire assommer par un pékin et crac, il se prend un coup sur la tête, et crac elle se prend un coup dans la face… Elle se réveille allongée dans le train de ce félon de Général Yen qui, circulant en voiture, lui avait écrasé quelques heures plus tôt sans même battre de la paupière son tireur de pousse-pousse : « Human life is the cheapest thing in China » s’était-elle entendu dire à peine débarquée, huan ing guang ling en Chine - je sais le dire dans toutes les langues, mes compétences linguistiques s’arrêtant d’ailleurs bien souvent là. On sent que ce sera un portrait à charge et que nos amis chinois ne vont pas être à la fête… C’est sous-estimer le Frank…

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On va d’abord assister, dans ce fameux train, à une scène absolument fabuleuse, tout en silence, tout en regard, tout en sous-entendu… Barbara mate Li (la servante-maîtresse de Yen) alors au petit soin pour Yen puis mate Yen qui mate Li qui mate Yen (regards entendus entre ces deux-là, genre elle va voir ce que c’est, l’occidentale, une femme dévouée à son homme (…)) ; Yen, le regard plein de sous-entendu malsain, mate ensuite, hum, hum, Barbara qui se couvre pudiquement le genou et baisse doucement les yeux (et vice versa) et Li, fronçant les sourcils, de mater Yen qui préfère fermer les yeux genre roh ça va… C’est un peu poussif à décrire, c’est absolument jouissif à voir. Après nous en avoir mis plein les yeux pour l’épate avec des séquences de panique générale de la foule, de coups de feu qui partent dans tous les sens, Capra nous montre, à l’économie, ce que c’est, aussi, le vrai cinoche…

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On ne peut pas dire que notre général Yen (Nils Asther, un sourcil en accent grave, l’autre aigu… Mouais) marque forcément des points, une nouvelle fois, au niveau humanisme alors même que Barbara se réveille dans son palais : elle assiste à un massacre de dizaines de prisonniers fusillés comme à la parade - c’est la famine, dit-il ensuite, comme pour s’excuser, autant ne pas faire traîner les choses quand on est inexorablement amené à mourir. C’est ce qu’on appelle le fameux réalisme chinois qu’on leur envie tant aujourd’hui - point d’ironie ou de causticité ici, attention, pas le genre de la maison.

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Elle l’exècre, elle veut partir, elle l’envoie paître, elle veut s’enfuir… Et puis elle rêve… De ce Yen déguisé en diable qui défonce sa porte et s’apprête à la posséder avec ces longs doigts griffus… jusqu’à ce qu’un sauveur masqué apparaisse, la prenne dans ses bras, un sauveur qui a bien sûr les traits… oh my God… du général Yen. Gasp… Choquée par la violence de la ville à son arrivée puis séduite par des scènes d’amour au clair de lune observées depuis son balcon (des soldats qui traquent des gorettes légères dans des jardins tout en saules pleureurs pleurant), Barbara serait-elle victime une nouvelle fois d’une sorte de montagnes russes sentimentales ?… Ah la Chine…  sa barbarie, sa fourberie mais aussi pour Barbara (et pour d’autres ?) sa sorcellerie ?… Elle se surprend à se faire belle (l’exhibition incontournable des gambettes de la Stan), à se maquiller, non mais Barbara reprends-toi, à se démaquiller, à se défier… Mais une fêlure dans la cuirasse est apparue, elle ne veut se l’avouer à haute voix mais le regard qu’elle se lance à elle-même dans le miroir en dit plus long que n’importe quel nez mensonger. Mais Yen est une teigne, bon sang, prêt à massacrer Li qui a fait les yeux doux au Capitaine Li (oui Li est un nom répandu dans l’Empire du milieu) ! Barbara décide de la sauver en allant quémander à Yen une grâce : Elle  prend Li en quelque sorte sous son aile… mais la colombe Stanwyck n’est peut-être pas aussi (oie) blanche qu’elle voudrait le paraître (ni la Li d’ailleurs)… ou plutôt qu’on s’attendrait à ce qu’elle soit in a typical american movie… But it’s du Capra, comme dirait Maurice Chevalier, foin de manichéisme ! Barbara va-t-elle craquer pour Yen ? Cette ordure (bah sans doute moins que son homme de main et financier… ricain, absolument sans aucun scrupule), ce conquérant (de terrains vierges ou de terres inconnues féminines), ce buveur de thé ?!!! Vous n’êtes pas au bout de vos surprises, mes amis… Entre scènes d’action au cordeau et tourments sentimentaux ô corbeau (je sais, cela ne veut rien dire mais la rime et la tentation étaient fortes), Capra finit une nouvelle fois pas nous cueillir comme des ptites fleurs blanches de cerisier... Amer le thé ? Peut-être mais un thé à boire jusqu’à la lie - nom définitivement commun en Chine.

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