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COMMENT ?!!??? On nous aurait menti ? Les grands pontes des médias, alors qu'on les croyait innocents comme l'agneau qui vient de naître, seraient, non c'est trop fort, aux ordres du système capitaliste le plus infâme ? Ne me dites pas que c'est pas vrai ? Et moi qui croyais que la télé était le seul endroit moral et sain de ce bas monde. Oulalaaaa sapristi !

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Offrez une porte ouverte à Balbastre et Kergoat, ils vous l'enfonceront avec l'énergie adéquate, à grands coups d'archives archi-vues et de décorticages d'images de niveau 6ème. C'est bien de vouloir faire leur fête aux médias, c'est noble de s'en prendre aux "chiens de garde" du libéralisme qui se cachent sous les mots magiques ("objectivité", "liberté d'expression"), c'est pas dommage de rappeler que les vrais Gardiens du Temple sont les présentateurs de JT et patrons de presse. Mais c'est pas nouveau, et c'est là que la bât blesse. On sait depuis longtemps tout ce qui est dit dans ce documentaire, et par manque d'éléments nouveaux, par manque même de matière (ces analyses de discours de Laurent Joffrin très faciles, où on sort les phrases de leur contexte pour en faire ressortir la soi-disant ambiguité), les deux réalisateurs ne font que répéter les choses moins bien que Pierre Carles. Ils usent même de très grosses ficelles pour parvenir à leur noble but : confondre un prétendu expert qui n'a pas vu venir la crise actuelle, rire de Claire Chazal qui sort de ses gonds face à Bayrou, dresser la liste des invités au "banquet des nantis" comme si ça suffisait à signifier quelque chose... Le film tire absolument tous azimuts et rate toutes ses cibles par ce simplisme, ce manque de profondeur, cette indignation qu'on nous brandit comme seule preuve de la malfaisance de nos élus. Pas assez violent mais beaucoup trop dans la colère, pour ainsi dire.

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Pour lutter contre les faux experts, les gusses nous balancent leurs vrais spécialistes, qu'on reconnaît grâce à leurs pulls normands et au fait qu'ils sont filmés dans leur cuisine. Comme toujours, les gars font des arrêts sur image sur le JT de TF1 en nous jetant des regards entendus pour bien nous rendre indignés en même temps qu'eux. Pour finir de nous faire choisir le bon côté du manche, on se met la grande culture et l'humour en étendard : chez Balbastre et Kergoat, messieurs-dames, on cite Paul Nizan, alors que dans le camp adverse on fait des soirées consacrées au patron de Carrefour ; chez Balbastre et Kergoat, on bricole des petites animations marrantes à la Michael Moore, alors qu'en face on tire la gueule. Bon. Les seules scènes un peu intéressantes sont celles qui retracent en trois-quatre images les carrières de Michel Field et de Philippe Val, carrières qui débutent dans le trotskysme pur et dur et se terminent aujourd'hui en marionnettes du pouvoir. Là, oui, c'est parlant. A part ça, voilà un documentaire qui passe à côté de son sujet, assez bête et rapide. Marre de ces films de militant qui ne se donnent pas la peine de réflechir avant de faire du cinéma. C'est dit.