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Dmytryk prouve en effet avec ce premier “western familial” (histoire classique de l’enfant chéri issu d’un second mariage - indien - et de l’enfant mal aimé (voire des enfants mal aimés même si les deux autres sont vraiment des abrutis) avec un père ultra-dominateur) que son cinéma manque parfois un peu de souffle, de lyrisme, d’envolée, de passion, de feeling… (on n’osera pas comparer cette histoire-là et son traitement au sublime House of Strangers de Mankiewicz pour lequel j’ai vraiment un gros faible). C’est vrai qu’il s’agit d’un cinoche que certain pourrait qualifier d'un poil (…) académique, mais essayons malgré tout de voir le verre à moitié plein : esthétiquement Broken Lance (qui bénéficie il est vrai d’une magnifique restauration…) n’est pas de la gnognotte ; Cinémascope + Technicolor + science millimétrée du cadre (sans parler des teintes, des lumières et des profondeurs de champ) = un bien bel objet cinématographique. Oui les personnages semblent parfois un peu figés, pour ne pas dire amidonnés dans les limites du champ mais avouons que le gars Dmytryk possède un véritable œil qui rend son western souvent visuellement éblouissant… Et sinon ?

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Spencer Tracy (vieillissant) joue un rôle qu’il affectionne, le bon vieux pater familias autoritaire ; dommage qu’il soit parfois totalement en free-lance (ses mines pendant le procès ! Sa façon totalement ridicule de traîner la patte après son infarctus…) parce qu’il est quand même capable de bonnes choses : sa prise de bec avec l’homme de loi lorsqu’il se rend compte du racisme indécrottable de ce dernier (plutôt que d’exploser, il tourne et vire comme un lion dans une cage qui se retient de rugir) ou encore le face-à-face ultra tendu sur la fin avec ce fameux fils mal aimé ; faut dire que face à lui, il a Richard Widmark, une fois de plus excellent dans ce rôle très en retrait : tout en colère rentrée tout au long du film, le Richard a enfin l’occase de dire les quatre vérités à ce père qui a placé toute son affection et sa confiance dans le petit dernier, son chouchou… Robert Wagner. Ce dernier (pas loin d’avoir 12 ans alors que je l’ai toujours connu vieux) joue les beaux gosses avec LA plastique adéquate ; bon c’est vrai que lors de la première séquence «romantique» avec la jeune fille incontournable du genre (Jean Peters), il n’est pas vraiment aidé par les couleurs «atmosphériques» bleues-pétantes de Dmytryk (un peu too much, dirais-je, genre poster à deux balles de pré-ado, au niveau des teintes…). La scène en plan-séquence dans la carriole possède, elle, un peu plus de légèreté et d’allant et nos deux jeunes gens s’y montrent un peu plus à leur aise. Dmytryk semble se concentrer un peu trop sur ses personnages (la seule scène qui part vraiment en live, la mise à sac de la mine, est trop vite expédiée) sans non plus toujours approfondir leur rôle (Widmark, ou Peters, jouent les simples faire-valoir…).  C’est dommage parce qu’il y avait du potentiel dans le traitement de ces liens de famille constamment sur le fil du rasoir…

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L’ensemble se regarde avec un réel émerveillement au niveau de la constitution des cadres, in and out. Après, on ne va pas revenir sur les critiques d’usage faites à Dmytryk, à savoir que ce cinéma-là manque parfois indéniablement un peu de « sang ». Mais je l’aime bien, décidément, mon Edward, malgré ses petits côtés parfois empesés, et continuerai d’explorer frivolement (faut bien que je change parfois d’adverbe) sa filmo.

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