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Oublions tout de suite que ce film se veut un remake de celui de Sam Raimi : ce dernier faisait rire et faisait peur, deux choses qui manquent complètement au film d'Alvarez. De toute façon, réaliser le remake d'un film complètement dépourvu de scénario s'annonçait impossible, et effectivement : à part quelques motifs incontournables (la cabane dans les bois, le viol des arbres, la trappe qui renferme un démon, le livre infernal), on ne retrouvera rien de l'opus d'origine.

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Une fois cette mise au point effectuée, regardons ce film avec l'innocence du petit agneau. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'Alvarez se donne du mal. Dôté d'une sincérité irrépochable, il réalise un film de pur gore qui marque souvent des points. C'est con comme un panier, joué à l'arrache par des acteurs dont on n'aurait pas voulu pour "Amour, gloire et beauté", ça fait moins peur qu'un générique de Lelouch, ça manque cruellement de la dérision nécessaire à ce genre d'entreprise, mais le fait est que côté barbaque coupée en petits morceaux, démembrements divers et tronçonnages de face, on est servis jusqu'à plus soif. C'est devenu rare, dans l'oecuménisme hollywoodien actuel, de trouver des cinéastes qui ont l'audace de chercher le malaise, et Alvarez est présent à ce poste. Il est bien épaulé, il faut le dire, par le bruiteur du film (une fois n'est pas coutume, citons le nom d'un bruiteur sur ce blog : Robert Dehn). Si vous ne savez pas quel peut être le son produit par une lame aiguisée le long d'un fémur, par un couteau électrique qui brise un os ou par une langue coupée en deux, je vous conseille de vous équiper en son THX double shuffle surround 2.0 et de fermer les yeux. Mais le son ne fait pas tout : Alvarez aime la surrenchère dans le cracra, et on lui en sait gré. Il dope son machin à l'énergie, tout comme le faisait Raimi d'ailleurs, et inonde son écran de flots de sang réjouissants. Particulièrement aimé ce démon coupé en deux dans le sens de la longueur ou cette auto-mutilation au couteau électrique filmée frontale. Les effets spéciaux sont à l'ancienne, et c'est bien aussi, on croirait parfois, ne serait cette esthétique mochasse et ripolinée dans la photo, un bon vieux machin des années 80.

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Bon, après, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : on est dans le film crétin de base. Ne se contentant pas de son indéniable savoir-faire dans le sanguinolent, Alvarez voudrait aussi inventer une histoire profonde, et bâtit un scénario nullard à base de droguée en cure et de fraternité brisée. On n'en a strictement rien à foutre, nous tout ce qu'on veut c'est que ça fasse un peu peur ; mais point, Alvarez ne trouve jamais le bon rythme, le bon angle ou la bonne mise en scène pour déclencher l'angoisse. On regarde ça amusé, mais jamais la main devant les yeux. Quoi qu'il en soit, attendons un peu de voir ce que ce cinéaste nous pondra à l'avenir : s'il est prêt pour un remake gore de Camping, je suis preneur.