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Le nom de Jean-Claude Biette évoquait pour moi de lointains souvenirs de cinéma intello et ardu (bon, j'avais vu Loin de Manhattan à 14 ans, par erreur). La surprise est d'autant plus grande de tomber sur un film aussi léger et simple. Creux ? Oui, un peu aussi, quand même. Il s'agit de... de quoi s'agit-il ? D'un homme assez snob et hautain, qui traverse quelques épisodes de vie : recherche d'emploi, dispute avec sa petite amie, engagement comme comédien alors qu'il déteste le théâtre, petite virée à Londres pour retrouver un bout de son passé, un verre de vin et au lit. Biette préfère indéniablement le chemin au but, et picore ça et là des miettes de saynettes futiles. On pense à un Eustache qui ne serait pas tourmenté, par exemple, ou à un Godard qui arrêterait de réfléchir, dans cette adoration sans faille pour les mots, pour la voix (on entend plein de langues là-dedans), pour les minuscules situations de comédie. On ne saisit pas trop ce que tout ça veut faire exactement : peut-être juste un éloge du petit, peut-être filmer ce qu'il y a entre les scènes plutôt que les scènes elles-mêmes, peut-être tenter un "humour blanc" (pas vraiment drôle, mais finalement assez étrange et efficace), peut-être simplement regarder son splendide acteur (excellent Jean-Christophe Bouvet). En tout cas, son film ne ressemble à rien, et son inaction permet mine de rien de capter quelques très jolies choses (des plans sur la Tamise), d'enregistrer de purs moments de plaisir simple (boire du vin, écouter de la musique) ou d'écouter des dialogues finement écrits concernant les mérites comparés des divers chefs d'orchestre, le marxisme ou les alexandrins classiques. On regarde la vie se faire, quoi, et si ça ne suffit pas vraiment à faire un film, ça n'est pas non plus exempt d'une certaine beauté. Un sympathique bidule, tombé de nulle part et qui ne va pas non plus très très loin.

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