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La franchise Evil Dead commence à être usée aux coudes, et ce troisième opus apparaît presque comme un reniement des deux premiers. Tous les éléments sont là pourtant, burlesque, monstres moches et sadisme envers le personnage principal. Mais on est ici plus proche de Walt Disney que de la réelle crasse du premier opus. Trop lêché, trop pro, trop tenu, trop "riche" finalement, Evil Dead 3 perd indéniablement en punk-attitude.

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Déjà, quand on découvre l'ami Ash envoyé au XIVème siècle, on se dit que la cabane dans les bois est bien loin, et on grince des dents. La suite ne fera que confirmer : voilà un film d'action bourrin et con, un pastiche d'héroïc-fantasy, un film pour minots, enfin voilà plein de choses mais pas vraiment le film gore et jouissif qu'on attendait. Monstres en mousse et grimaces de Bruce Campbell viennent remplacer les horreurs de naguère, Raimi ayant décidé de sacrifier l'horreur, sûrement pas assez commerciale, au profit de l'humour. Malheureusement, celui-ci est plus que lourd : une fois qu'on a avalé deux ou trois répliques viriles et second degré de Campbell, une fois qu'on a affronté deux ou trois grimaces jimcarreyesques, on se dit qu'on aimerait bien avoir autre chose à se mettre sous la dent. Le grand-guignol est la marque des Evil Dead, l'humour dans l'excès, mais on en est loin ici ; on croirait presque parfois être dans un bon vieux Van Damme.

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Reste bien sûr le bonheur inentamé de voir Campbell en prendre plein la gueule, et une fois de plus on est servi : il se ramasse 40 taquets par minute, c'est assez fun. Mais la mauvaise idée est de l'avoir transformé en une sorte de super-héros invincible, ce que l'acteur ne sait pas toujours bien gérer. Pour contrebalancer, le scénario le charge en défauts : il est crâneur, supérieur, arnaqueur, péteux, ce qui augmente le plaisir de le voir prendre les coups. On peut remarquer une intéressante tendance de Raimi à le faire s'opposer à lui-même : attaque de minuscules petits clônes démoniaques ou bagarre avec un frère siamois ricanant, je suis à deux doigts d'y voir un discours sur "l'ennemi intérieur plus dangereux que l'ennemi extérieur", me poussez pas trop. On aime aussi retrouver ces effets spéciaux à l'ancienne, stop-motion, pâte à modeler, et maquillages de "Tout pour la fête", et on apprécie que Raimi ne sacrifie pas tout aux nouvelles technologies (quoi que... en 1993 je ne sais pas où on en était vraiment), même si certains effets sont tout nazouilles : les monstres du début ressemblent aux créatures des premiers Godzilla, l'attaque de squelettes est faite, au second plan, de figurants à peine déguisés, les vieux magiciens ont le scotch des barbes apparent. Ces quelques qualités ne compensent pas un ensemble fatigant et pas drôle. Evil Dead's dead.