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On avait laissé Levinson au milieu des autistes et des animateurs radio, le voici de retour par la porte du film d'horreur le plus teenage, tiens donc. Et il ne fait pas honte au genre, de plus, puisque The Bay est très agréable, mélange entre les productions roublardes des petits jeunes et le savoir-faire du vieux briscard. Anxyogène à mort, le film raconte le développement d'un virus affreux, apporté par des isopodes visqueux nés de la pollution d'un fleuve dans une petite ville ricaine. Les simples nausées éprouvées par les habitants de la bourgade se transforment bien vite en bubons turgescents et purpurins, puis en dévorage de tripes en bonne et due forme, suivi d'un trépas guère hygiénique dans les minutes qui suivent. Tout ça est raconté dans une sorte de faux "found footage" très éclectique : reportage, caméras de surveillance, captations amateurs en téléphone portable, documentaires scientifiques, etc.

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Eclectisme réjouissant, qui permet à Levinson de dynamiser joliment sa construction, mais en plus de déjouer les pièges inhérents au genre. Finies les images illisibles filmées dans l'hystérie. Levinson ose le montage structuré, la musique, les "illogismes" d'angles de prise de vue, voire les arrêts complets de l'action, au sein d'un cahier des charges d'habitude très contraignant. Le film devient alors très habilement raconté, par strates de sensations, par accumulation de points de vue. A la manière d'une série de clics autour du même évènement traumatique, comme si on avait à notre disposition toute une série de vidéos de différentes teneurs, il nous fait passer de l'horreur pure (le film amateur réalisé par un couple à bébé qui découvre l'horreur du drame) à l'analyse (les films des chercheurs), de l'immersion complète et effrayante (la morte qui se jette sur la caméra embarquée de la police) à la mise à distance tout aussi traumatisante (le très beau plan fixe sur une fenêtre noire derrière laquelle on n'entend que les bruits du drame), en traversant toutes les façons possibles de raconter la chose. Du coup, oui, on a peur, parce que cet univers est rendu très vraisemblable, parce que ce "style-Youtube" est intelligent et efficace. Même si le discours de fond est niaisement écolo et assez crétin, même si les acteurs ne sont pas tous à la hauteur du réalisme de la mise en scène, on est happé par le savoir-faire impeccable pour ce qui est de la narration. Levinson ne fait pas dans la surrenchère, sait s'arrêter avant le grand-guignol ou le scénario sur-écrit, et on applaudit. A quand un remake avec Dustin Hoffman en zombie ? La suite au prochain isopode.

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