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On nous présente ça comme un documentaire sur les origines du blues, mais franchement, ça ressemble plutôt à un cadeau offert à notre bon Clint, fan de jazz devant l'Eternel : l'occasion de rencontrer quelques grandes figures du blues, de Dave Bruebeck à Ray Charles, ça ne se refuse pas. Du coup, Clint en perd à peu près tous ses moyens, et réalise un film anecdotique, certes délicieux pour les oreilles mais beaucoup moins satisfaisant côté cinoche ou contenu. Monté strictement n'importe comment, Piano Blues est une errance sans rythme sur les traces de quelques glorieux anciens. Clint monte de savantes images d'archives montrant des Fats Domino, Little Richard ou Marcia Ball survoltés faisant bouger leurs doigts sur le clavier à une vitesse effrayante. Virtuoses jusqu'à l'excès, impressionnants de maîtrise, ces musiciens qui ont inventé le blues sont tellement admirés par Clint qu'il a envie de tous les montrer en un seul film, d'où un chaos total : les sons s'entrechoquent pas toujours à bon escient (un medley final affreux), les séquences sont coupées au petit bonheur en plein milieu d'un accord, on voit trois fois le même musicien alors que d'autres sont complètement sacrifiés, les styles se heurtent et ne se ressemblent pas (l'affreuse bluette de Ray Charles qui conclue le film n'a plus grand chose à voir avec du blues, ni avec du piano d'ailleurs), c'est un grand n'importe quoi formel qui fait qu'on passe à côté de l'essentiel : pas d'histoire du blues là-dedans, on n'apprend strictement rien. Eastwood rassemble autour de son piano des papys pas toujours au top (Bruebeck produit un morceau péniblement maladroit, ça fait presque de la peine), et si on s'amuse à les voir évoquer leur passé (Ray Charles enthousiaste, Jay McShann excellent, Dr. John sec comme un coup de trique), on constate aussi que, sorti de leur musique, les gars n'ont pas grand-chose à dire. En atteste ce gars à qui Clint demande "quelles sont les origines du blues ?" et qui répond "le fils du blues c'est le rock"... Allô ? nan mais allô ?

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Ca finit par ressembler à une réunion de grand-pères certes attachants mais pas passionnants pour traiter du sujet. Le blues, chez Eastwood, s'arrête dans les années 50 : aucun petit jeune n'est invité à s'exprimer dans le film, ça sent un peu la poussière. Pour meubler un film qui est déjà trop rempli d'images, Eastwood y ajoute des trucs qui n'ont franchement rien à voir avec le schmilblick (extraits de ses propres films, allusions au... trompettiste Louis Amstrong !), vous met tout ça bout à bout sans aucun souci de construction, et s'en retourne réaliser ses films. Bon. On aura au moins écouté de la bonne zique et découvert un paquet de musiciens oubliés. C'est déjà ça. Au fait, c'est quoi les origines du blues ?

All Clint is good, here