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Classique parmi les classiques, voilà un film que je finirai sûrement un jour par connaître par cœur. On oublie en un clin d’œil la pâle copie colorisée et on suit avec un sourire gourmand notre ami Bogart, le chapeau enfoncé jusque-là, l’habit noir qui ne prête pas à rire (il sort tout juste de tôle. Au bout de huit ans, c’est pas rien), les cheveux coupés ras au niveau de tempes grisonnantes… Boggy mon beau Boggy, l’homme auquel on ne la fait pas - surtout quand on est truand, l’homme au cœur chamallow - surtout quand on est une jeunette de vingt ans, l’homme dont on tombe amoureux - quand on s’appelle Ida Lupino et qu’on a bien galéré avant d’en arriver là… High Sierra est construit comme une suite « d’évidences » qui fonctionnent comme dans tout film miraculeusement magiques : Boggy fait la connaissance impromptue d’une donzelle, c’est le coup de foudre - pour lui…, il croise le regard d’Ida, c’est le coup de foudre - pour elle…, il rencontre les deux barges avec lesquels il doit monter un coup, immédiatement il s’en méfie, il tombe sur l’indicateur qui bosse dans l’hôtel où aura lieu le casse, automatiquement il sent le cave… Bref, Bogart est un instinctif : seulement s’il dégage un je-ne-sais-quoi qui attire la confiance des autres (celle d'Ida mais bien sûr aussi ce légendaire chien, Pard (Humphrey's dog, obviously), qui ressemble à rien mais qui nous tire des larmes pour peu qu’on soit humain), il a du mal, lui-même, à faire vraiment confiance à son premier feeling…  Du coup, le pauvre va avoir une certaine tendance à se retrouver dans de sales draps… jusqu’à ce que ces derniers soient tâchés de sang ? Sans doute... On sent dès le départ en tout cas que le destin est en marche - sachant que celui-ci est sans pitié, voyez…

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Il y a un nombre incroyable de trucs qui fonctionnent dans ce film - de quoi rendre jaloux n’importe quel autre film de même envergure qui fait pschitttt : l’allure de Boggy, nombre de ses répliques (sa déclaration d’amour à Velma sous les étoiles - avec ce petit moment où il lui prend subrepticement la main alors qu’il parle de Vénus : du nanan, les amis), sa complicité - à la longue - avec Lupino, ce sacré clebs (sensé porté malheur aux différents maîtres qu’il se choisit) qui suit Boggy partout et qui lui arrache à chaque fois un petit sourire… à la Boggy, ce casse facile comme un jeu d'enfant qui se passe de façon tellement foireuse qu’il en serait risible, cette échappée finale dans les High Sierra et ce dernier plan… rahhh, cette fin… ce foutu travelling arrière sur le visage d’Ida… rah, putain Raoul, tu nous cueilles à chaque fois…

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Chaque information semble, mine de rien, donner une indication tragique sur la suite des événements (du big boss avec sa philosophie sur la mort au black dans le cottage avec sa théorie sur le chien) comme s'il était vain pour leur héros d'espérer quoi que ce soit : notre Boggy qui, après 8 ans de prison, pense retrouver la nature là où il l’avait laissée (l’incroyable visite dans le parc au tout début), qui pense être constamment en terrain connu, qui pense avoir assez d’expérience pour se préparer à tous les aléas de la vie, va passer son temps à « tomber de haut »… Un mariage qui semble tout fait d’avance ? Tu rêves Alfred ! Un vol qui devrait se passer comme sur des roulettes ? Tu parles Charles ! Un type indépendant, le Boggy ? Attends, you're joking, qu’une donzelle ou un chien s’intéresse à lui, et voilà notre rocher qui se fissure… A tough guy, with a soft heart, un gagnant destiné à tout perdre, un type solitaire qui rêve de tranquillité et qui va finir le nez dans la poussière devant une foule de voyeurs. Un monument dans la carrière de Walsh, un duo Boggart-Lupino mythique, et un enfoiré de chien craquant… Que demande la populace, bordel ?

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Walsh et gros mythe, clique