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Dans l'univers de ce film, tout est simple : les gentils sont légèrement demeurés (ils parlent avec leur chien et ne savent pas se tenir à table) mais très sympa, ils ont les cheveux longs, ils aiment l'amour, les enfants, le bateau et rigoler, ils sont du côté des prolétaires et ont le bon sens rivé au corps ; les méchants tirent la gueule, s'habillent en noir et gris, ils représentent l'institution (c'est caca) et se passent à voix basse des coups de fil secrets pleins de complot dans des bureaux bourgeois et sinistres. Heureusement, les premiers vaincront les seconds et pourront rire sur leur bateau avec leur gentil chien après avoir menacé cette société corrompue et triste. Pratique : cette aide bénévole du réalisateur pour ce qui concerne le côté qu'il faut choisir pour être gentil permet de ne pas trop réfléchir par soi-même, et de se laisser aller à rire devant les gags super fins du film. Le gars se prend carrément les pieds dans le tapis, c'est vous dire la poilade.

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Le sujet : un brave gars (Billy Connoly, au physique et au jeu de rugbyman) voit son bateau détruit par la foudre, et son assurance lui déclarer qu'il s'agit d'un "Act of God", entendez non pris en charge. Le type va donc intenter un procès à Dieu, et se frotter à tous les institutionnels religieux qui vont bien sûr en trembler de peur tellement le gars crie fort. Entre temps, il sera aussi tombé amoureux d'une journaliste qui s'intéresse à son affaire (Judy Davis, dans ses marques), il aura soldé ses comptes avec son ex-femme et il sera devenu le chouchou des médias puisqu'il a le bon sens de son côté : les assurances c'est tous des méchants, ça c'est bien vrai ma bonne dame. Même si on passait sur l'indigence de la mise en scène (un grand n'importe quoi dans le montage, qui vous coupe des plans à mi-chemin pour les coller au scotch sur d'autres de façon complètement illogique ; une grande foire dans le plaquage de musiques improbables sur la moindre séquence : c'est comme si le gars avait oublié de couper la radio pendant le tournage, tant tout ça est monté sans aucune sensibilité, sans aucun sens de la bande-son, omniprésente et consternante), même si on fermait les yeux sur le jeu de l'acteur principal (sa façon de réagir en plan serré à ce qu'il voit ferait passer le travail de Christian Clavier pour du Henry Fonda), on ne pourrait que hurler de douleur devant le simplisme de cette trame toute tracée, populiste et bête. Le film vient racler le fond de nos clichés les plus éculés, sachant très bien que ça va nous faire applaudir à tout rompre. Certes, Joffe tente parfois d'être plus mesuré, de donner la parole au camp adverse ; mais il se replace très vite du côté du manche, et nous avec. C'est celui qui crie le plus fort qui a raison, surtout s'il manie un côté "tous pourris" à la limite du putassier. Un navet, on dit, non ?