bootmenVous avez aimé Footloose ? Vous aimerez Bootmen. Ah merde, vous avez pas aimé Footloose ? Vous êtes pénibles. Bon. Il est vrai que vous aurez du mal à adhérer à Bootmen, alors, qui est à peu près aussi fulgurant dans le fond et encore plus poisseux dans la forme. Un ga fé tro bien des klakett et i monte un spectak trofor, voilà le résumé du film adapté au public visé. On assiste à la lente ascension du gars vers la gloire, le tap-dance à son plus haut niveau et la jeune première aux gros seins à ses pieds, avec toutes les étapes trépidantes de la chose : va-t-il convaincre son père ouvrier qu'il va réussir dans l'univers de la danse ? Va-t-il réussir à lutter contre les vilains qui le traitent de pédé ?  Va-t-il convaincre son professeur (un gars avec une canne, c'est bien connu : tous les professeurs de danse sont handicapés et ont une canne) qu'il est bon, même s'il est coquin parce qu'il improvise ? Va-t-il réussir à régler ses problèmes sentimentaux avec les gros seins de sa copine qui est enceinte de son frère mais en fait c'est lui qu'elle aime ? Va-t-il réussir à danser correctement ? La réponse à toutes ces questions sauf la dernière est : oui, autant vous le dire. On se demande d'ailleurs comment, en l'an 2000, ce Dein Perry peut encore penser qu'un tel scénario peut fonctionner... C'est à croire qu'il n'a jamais vu un film de sa vie pour nous ressortitr ainsi des clichés éculés depuis les premiers collants de Patrick Swayze. Chaque seconde du film, chaque plan, chaque séquence semblent sortis d'un de ces films ringards des années 80, des couchers de soleil immondes à la musique de hard-rockeurs de Moulins, des dialogues ("ta mère serait fière de toi", dit le père convaincu à son fils ; "ta mère" aurait suffit) aux personnages (97 clichés/seconde concernant la virilité, le rapport entre frères, la camaraderie, etc.) C'est immonde, racoleur, poujadiste, archi-ringard dans l'esthétique, en un mot consternant. On arguera que les scènes importantes sont celles dansées, et je dis certes : elles sont au moins pas trop mal filmées. Mais les chorégraphies de bucheron ukrainien gâchent tout. On dirait que les danseurs découvrent, je répète : en 2000, qu'on peut faire des percussions avec des machines industrielles, et Perry semble considérer cette trouvaille comme le fin du fin du contemporain hype. Au secours : ça donne une espèce de lourdaude bouillie hyper-virilisée, entièrement vouée à la performance sportive et au feu d'artifice, portée par une musique que Toto aurait trouvée trop lourde. Quand on repense à ce que peuvent être les claquettes quand elles ne sont pas dansées par des surfeurs bodybuildés (au hasard : Gene Kelly, sa grâce, sa légèreté), on se dit que Dein Perry n'a pas assassiné que l'art cinématographique : celui de la danse en prend aussi un sacré coup dans les machoires. Ca donne presque envie de revoir Billy Ellliott à la hausse, c'est vous dire l'état de ma consternation pantoise et hébétée.