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Le nouveau film de Philibert ressemble à un film de Philibert, ce qui est une qualité : sobre, attentif aux gens et aux ambiances, sans commentaire ce qui évite les redondances ou les surexplications, joliment construit. Cette fois, il s'immerge au sein de la Maison Ronde, filmant plein d'endroits, d'émissions, depuis la coulisse : débats, infos, émissions musicales, fictions, jeux, etc., tout passe sous le regard passionné de la caméra, avec pour objectif avoué : comment filmer la parole, comment filmer ce que d'habitude on préfère laisser caché, à savoir "l'incarnation" de la radio. Ce média reposant essentiellement sur son pouvoir d'évocation, sur l'imaginaire qui l'accompagne, il semble impossible de rendre visuel le concept. Philibert y parvient, en inversant quasiment son projet : moins que la voix, il va filmer l'écoute. C'est ce qu'il y a de plus beau dans son film : tous ces moments où les sujets filmés sont tendus vers l'écoute plus que vers la parole. Splendides face-à-face entre animateur et interviewé (une écrivain) qui se regardent, se jaugent, s'attendent ; moment suspendu où on attend la fin des travaux pour reprendre l'enregistrement ; écoute hyper-attentive d'une metteur en scène de fiction qui reprend inlassablement chaque détail de l'enregistrement ; commentaires acides de la journaliste envers un débutant en JT, qui explique comment "entendre les guillemets" d'une brève ; exercice de diction allemande par un chef d'orchestre... Bref, il y a une foule de moments où ce n'est plus l'émission qui compte, mais l'attente, l'écoute. Le film nous remet en quelque sorte en position d'auditeur, comme quand on écoute la radio, et réussit un pari vraiment osé.

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Du coup c'est presque moins convaincant dans le souci d'exhaustivité de la chose : on dirait que Philibert veut tout filmer, de la femme de ménage à l'invité-vedette, des cuisines au standard. Même si ça reste intéressant (on découvre vraiment les recettes de construction de toutes ces émissions qu'on aime, notamment que le "ting-ting" du jeu des 1000 euros est fait manuellement et en direct !), on aurait préféré que le gars resserre sur le concept plus que sur le côté "reportage". Il était plus intrépide et plus expérimental avec Nénette, finalement, qui acceptait de filmer le vide, l'ennui, la suspension, et ne cherchait pas de "trame". Là, il se perd un peu dans la foule de choses qu'il voudrait montrer. Son montage est en plus parfois un peu douteux, par des champs/contre-champs de toute évidence fabriqués (la scène du stagiaire du JT, dont les réactions en contre-champ sont en faux raccord avec son interlocutrice en champ), ou par une musique rajoutée vraiment inutile et qui gâche même pratiquement le concept d'écoute. Quelques petits défauts qui empêchent d'applaudir franchement à la chose. Ceci dit, si comme votre serviteur vous aimez la radio, vous serez comblé en découvrant comment l'artisanat a encore toute sa place dans le processus de fabrication des émissions. Très joli.

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