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Imamura prend donc le parti, en adaptant le bouquin d'Ibuse, de se concentrer non pas sur la semaine qui a suivi l'explosion de la bombe (ce qui représente en tout et pour tout simplement un quart d'heure du film : mais on a tout de même droit alors, à un vrai défilé d'horreurs et à quelques images qui n'auraient en effet pas forcément dénoté dans un Roméro) mais sur le devenir des personnages principaux, cinq ans après l'explosion. Il est donc question, en fil rouge, du futur mariage de Yasuko, mariage qui inquiète son oncle et sa tante vu les rumeurs qui courent sur l'éventuelle irradiation de leur nièce... La vie et les travers des différents habitants de ce petit village où vit ce couple, avec sa nièce et la grand-mère, sont du coup aussi très largement traités : parmi les nombreux personnages, on peut citer une femme débauchée dont la fille suit le même chemin, les compagnons de pêche de l'oncle, un jeune sculpteur, traumatisé par la guerre, qui ne peut s'empêcher de se jeter sous tout engin motorisé pour tenter d'y mettre une bombe (belle invention d'Imamura), une marabout... Imamura tente tout du long un véritable numéro d'équilibriste entre tragédie pure et dure (des multiples cadavres carbonisés du 6 août aux personnes qui ont été irradiées quelques jours après l'explosion de la bombe et qui tombent, cinq ans plus tard, comme des mouches) et grotesque (la soi-disant médium remporte la palme mais le type qui se jette sous les bagnoles vaut également son pesant de cacahuètes) : cela tend bien sûr à démontrer à la fois toute l'horreur de cette guerre qui n'en finit pas de finir, comme disait l'autre, au niveau des victimes mais aussi tout le ridicule de cette pauvre race humaine qui serait notamment capable, pendant la guerre de Corée, de refaire usage de cette bombe - sujet qui va d'ailleurs planer sur toute la guerre froide et jusqu'à aujourd'hui d'ailleurs avec cette chère... Corée du Nord - décidément toujours au taquet quand il s'agit de faire la bombe...

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Il y a à la fois une grande fidélité à l'oeuvre d'Ibuse mais aussi bien sûr une petite patte imamurienne évidente dans ces ajouts tragico-comiques, dans ces épisodes capables de nous faire véritablement ricaner (les saynètes sur les transes de la "voyante" ou la séquence où l'on continue de faire croire au "fou du village" qu'il est sous le feu d'une attaque américaine pour qu'il rentre tranquillement chez lui... en rampant - un type, comme pourrait le faire penser la succession de deux plans du film, qui réagit de façon aussi instinctive qu'un grillon (l'entomologiste Imamura): de la même façon que celui-ci bat des ailes naturellement, notre homme est dorénavant, guerre ou pas guerre, constamment prêt à se battre et à jeter sur "l'ennemi"...). Il y a ainsi un véritable humour caustique, grinçant, qui court tout au long de cette oeuvre d'Imamura où la mort demeure omniprésente... Les signes de maladie qui se déclarent cinq ans plus tard, voire les soudains coups de folie sont légion, comme si Imamura voulait mettre le doigt sur le caractère absolument effroyable de cette arme qui n'en finira jamais de tuer, aveuglément. Une épée de Damoclès est suspendue en permanence au-dessus de tous les personnages du film, les êtres les plus sains n'étant jamais à l'abri d'un coup fatal. Un peu d'espoir tout de même subsiste dans cet amour qui germe entre la jeune fille et ce jeune sculpteur starbé (encore une création d'Imamura) : un amour contre toute attente entre deux êtres mis au ban de la société pour des raisons différentes (raisons liées forcément à la guerre) ; tout reste possible en cette période d'après-guerre, le meilleur comme le pire... enfin surtout le pire quand même.

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Imamura, comme Ibuse, trouve le moyen de ne pas faire oeuvre larmoyante ou misérabiliste ; on peut d'ailleurs également admirer chez le cinéaste cette capacité, sur un sujet aussi grave, à réaliser une oeuvre qui rend parfaitement compte de l'éternelle comédie humaine... It's raining dead, not alléluia, mais ce n'est pas une raison pour traiter ce sujet historique sur un ton sentencieux et grave. Imamura n'oublie jamais d'évoquer les petites faiblesses (comico-pathétiques) de nos semblables (la tante qui ne se gêne pas pour mettre dans son sac les concombres des voisins, concombres que le souffle de l'explosion à fait voler dans leur maison en ruines ; les pêcheurs qui restent paisibles toute la journée pendant que les femmes triment et qui se justifient volontiers en rappelant qu'à cause des radiations, il ne faut pas qu'ils se fatiguent), des travers qui, dans ce monde devenu un véritable enfer sur terre, nous les rendent finalement si humains. Admirable de "tenue", tragiquement digne avec toujours une pointe salvatrice d'amère drôlerie.

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