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Un cru tout juste sympathique dans l'oeuvre eastwoodienne, adaptée d'un solide roman de Connelly et qui se contente de déployer son agréable trame sans invention. Certes, il est toujours plaisant de constater la part d'auto-dérision et d'autoportrait que Clint arrive à glisser même dans les plus fonctionnels de ses films : il y a dans cette histoire de flic greffé du coeur une attachante allusion au vieillissement de l'acteur, incapable désormais de poursuivre les vilains sans se prendre un infarctus illico. Clint s'attarde sur son corps vieillissant, se complaisant même parfois à appuyer là où ça lui fait mal (sa cicatrice, les allusions nombreuses au fait qu'il est à la retraite et plus dans le coup). On connaît le masochisme d'Eastwood depuis pas mal d'années, mais Blood Work est une sorte de sommet dans ce regard très dur sur lui-même. Heureusement, le gars s'octroie quand même un flirt réussi avec Wanda de Jesus, 40 ans de moins que lui au jugé, alors qu'Anjelica Huston lui tendait les bras, sacré Clint...

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Pour le reste, ma foi c'est un agréable polar à rebondissements autour d'une jolie idée sentimantalo-thrilleresque : un ancien flic doit retrouver l'assassin de la nana à qui appartenait le coeur qu'on lui a  greffé après une attaque. Ce qui est intéressant, et que malheureusement le film creuse à peine par timidité, c'est que la soeur de la victime tombe peu à peu amoureuse de ce flic, dans un troublant jeu incestueux qui aurait pu devenir brûlant. Pareil pour l'aspect presque romantique, à peine traité : le flic "ressent" les choses à la place de la morte, juste parce que le coeur de celle-ci bat dans sa poitrine, ce qui aurait pu donner une enquête presque mystique, aux abords du fantastique. L'artisan Clint ne mange pas de ce pain-là, et réalise un solide polar sans autre ambition que de nous tenir gentiment en haleine jusqu'à sa résolution. C'est bien foutu, monté sagement dans l'ordre, raconté sans fioritures, ainsi du coup ça manque de relief, aucune scène ne restant vraiment en tête. Pire, il rate complètement son dernier quart d'heure, enfin consacré à l'action, fusillades et prises d'otages n'apparaissant jamais dangereuses, et la psychologie des personnages étant balancée aux oubliettes. Du coup, les invraisemblances du récit apparaissent clairement, tout comme le manque de passion du Clint pour ce scénario certes prenant mais un peu pépère aussi. On apprécie toujours la belle photo (bravo pour les lumières de fin de journée), le jeu marrant du maître (alors que Huston n'a strictement rien à jouer) et de son compère Jeff Daniels, la finition impeccable et le savoir-faire technique, mais on regrette de voir les possibilités de ce film disparaître derrière la trop grande sobriété (retenue ?) du gars. Correct.

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All Clint is good, here