"C'était un très grand jardin
Qui sentait mauvais 
les temps mussoliniens..."

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On est dans la tragédie historique - la montée du fascisme en Italie à la fin des années 30 -, dans la tragédie intime - la fin forcément dramatique d'un premier amour - mais un charme fou traverse de bout en bout ce film de De Sica aux allures de récit modianesque transalpin. Il y a un doberman, gardien du temple, un bon vieux toutou gardien de ce jardin de Finzi Contini qui voit défiler les jupettes blanches et les pantalons blancs de jeunes joueurs de tennis : les Finzi Contini, d'origine juive, exclus peu à peu des différents cercles et associations de la ville, ouvrent les portes de leur immense jardin et de leur terrain de tennis à la bourgeoisie locale. Des jeunes gens sur des vélos, des jeunes gens qui rient, encore insouciants, des jeunes gens qui flirtent, des jeunes gens qui se renvoient tranquillement la balle sur un court, des adulescents encore relativement insouciants des événements qui se trament... Un frère et une soeur très soudés, Alberto (Helmut Berger) et Micol (Dominique Sanda mmmmmhhh) Finzi Contini, reçoivent ce petit monde chez eux ; Alberto est d'une santé fragile et doit rester souvent confiné dans sa chambre (à l'image de cette vieille famille aristo qui se meurt entre les hauts murs de ce jardin dans lequel elle doit dorénavant restée enfermée) ; Micol, elle, continue de flirter avec son amour de toujours, Giorgio, également issu d'une famille juive... moins aisée... Si Giorgio sent progressivement monter la pression sur les Juifs, le grand problème qui l'obsède véritablement, c'est l'attitude de Micol à son encontre... Cette dernière lui demande en effet soudainement de ne plus la revoir. O rage, ô désespoir, ô premier amour déçu...

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Il aura suffi de quelques instants pour que l'on sente que le monde intime de Giorgio va s'écrouler : notre jeune couple court sous la pluie, trouve refuge dans un des immenses bâtiments du jardin ; Dominique Sanda laisse deviner (enfin même super deviner...) ses seins parfaits sous son polo trempé, elle invite le Giorgio dans l'ancienne carriole qui l'emmenait à l'école et là, en une milliseconde, on sent que tout se joue... Est-ce parce que ce grand benêt hésite à se jeter sur elle, est-ce parce qu'elle sent que leur amour qui dure depuis l'enfance ne pourra jamais connaître de maturité, qu'il restera éternellement dans le passé, est-ce...? Toujours est-il que lorsque Micol enlève la main de Giorgio de sur sa cuisse, tout est déjà joué, tout est déjà fini... Pouvait-il en être autrement pour ce fils de classe moyenne, les cartes n'étaient-elles pas distribuées d'avance ? Toujours est-il que l'irréparable a lieu avec les éternelles séquelles collatérales : l'attente, les retrouvailles, la chute quand l'on découvre sa douce dans les bras d'un autre... Etait-ce fatal ? Comme finalement tout premier amour commencé trop tôt, aux temps de l'insouciance justement... Si Giorgio, pour la petite histoire, se voit fatalement rattrapé par sa condition, les Finzi Contini se verront eux rattrapés par la Grande. Une histoire initiée dans la plus grande des légèretés qui fonce comme un train vers la tragédie... intime et universelle.

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Si Giorgio est impuissant face à ce drame personnel, il parviendra tout de même peu à peu (aidé par sa lecture du journal et son voyage en France) à ouvrir les yeux à son père sur la situation politique qui se dégrade... Mortellement touché au coeur, Giorgio parviendra tout de même à échapper aux rafles anti-juives. Les Finzi Contini, comme aveugles (depuis depuis...) à ce qui se joue hors de leurs murs, ne connaîtront pas le même sort... Ces deux tragédies qui se jouent sur différents niveaux au même moment sont magistralement mises en scène par De Sica, qui nous montre à la fois toute la fragilité des choses, toute la grâce d'un instant et le destin implacable qui s'abat sur ce jeune homme, sur cette famille. C'est délicat, léger, futile et irrémédiablement affreux - la douleur qui passe dans le regard d'un jeune homme quand il se voit exclu du coeur de sa promise, la douleur qui passe dans les pleurs d'une vieille dame quand elle se voit exclue du monde qu'elle a construit... Radical comme une lame de guillotine, purement modianesque, brillant.

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