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On savait que Apatow était plus branché dépression latente que pure comédie ces temps derniers, mais on ne s'attendait pas à un film aussi glauque. This is 40 n'est pas dôle du tout, ce qui ne l'empêche pas d'être parfois intéressant ; mais disons que si vous y alliez pour vous taper une farce américaine régressive, passez votre chemin et sortez plutôt les lames de rasoir. Apatow nous propose un autoportrait en quarantenaire désabusé, et le moins qu'on puisse dire c'est que ça fait mal. Le pire, c'est cette façon de retourner à l'envers la construction habituelle des comédies : d'habitude, les personnages cherchent à quitter le quotidien pour aller vers l'aventure ; ici, le couple qu'on voit s'agiter dans son bocal cherche à atteindre la Normalité Totale, comme un but ultime qui mettrait fin aux excès et immaturités de l'adolescence. Et le gars filme cette recherche comme une aventure pleine de dangers et d'obstacles. Faire ainsi de la normalité la dernière aventure humaine vous atteint violemment le moral, surtout si, comme l'auteur de ces lignes, la quarantaine a eu un chouille de mal à passer.

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Le film est assez malaisé, du coup : dix fois trop long, mal construit, mal rythmé, jamais drôle même quand il s'essaye à l'être (des scènes à base de caca et de pets principalement, mais tellement mollassonnes qu'elles enfoncent encore plus le film dans la morosité), il est pourtant intéressant dans ce qu'il dit de son auteur, et dans l'impudeur dont celui-ci fait preuve. Les deux acteurs sont vraiment excellents, et parfois le film touche juste : dans la description du quotidien, par exemple, surtout quand il est doux et reposant ; dans la complicité entre les deux époux, notamment cette excellente scène où ils s'allient sans préméditation pour mentir contre une bonne femme furax ; dans cette façon de fustiger le mariage tout en en faisant un éloge vibrant ; dans ce ton presque gentil qu'il utilise pour parler de sexe, de couple, d'enfants. Certes, l'ensemble paraît vraiment sans souffle, sans grandeur, voire même sans idée, complètement envahi par la déprime de son auteur ; on se dit souvent que, filmés par Woody Allen, ces dialogues pas mal écrits auraient pu être pétillants, rythmés, et filmés autrement qu'en poussifs champs/contre-champs scolaires ; mais tout de même, il y a une telle sincérité, un tel amour des choses normales dans ce film raté qu'on finit par lui pardonner de nous avoir ennuyé pendant 2 longues heures. N'allez pas le voir, mais c'est pas si mal.

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