9782283026113J'avais été un peu agacé mais somme toute intéressé par le premier livre de Marc Molk ; 6 ans après, voilà une nouvelle variation sur le temps qui s'enfuit et cette vache de vie qui vous arrache la jeunesse, les amis et la beauté d'Ava Gardner. Molk a 40 ans et ça lui fait mal par où ça passe ; il fait ici le bilan de ses amitiés, à travers la narration pointilliste d'un été passé avec sa bande dans un mas provençal. Le constat est bien triste : sous les coups de butoir de la parentalité plus ou moins consentie et des amours terminées, la folie de la jeunesse s'est disloquée dans la trivialité des choses. Seul le narrateur, rescapé de ses séparations et de ses errements sentimentaux, semble encore attaché à ce qui fit la sève de son adolescence, il se soûle allègrement et sait encore apprécier des coups tirés en vitesse ; mais sa mélancolie se change vite en amertume. Le roman est proprement hanté par la perte (joli titre solennel, d'ailleurs, aussi excessif que le sont les sentiments ici décrits), d'une tristesse implacable malgré le rire (jaune) qui vient parfois.

C'est certes un livre de bobo pour bobos, et c'est la limite de la chose. Molk a beau employer un "vous" qui se voudrait rassembleur pour éviter la première personne, il n'évite pas un certain nombrilisme un peu fatigant, ce qui était déjà le défaut de Pertes Humaines. On se dit, à force, que ses soucis manquent un peu de grandeur, et qu'il ferait mieux de reprendre un petit rhum plutôt que se prendre la tête sur Sarah qui couche avec Robert parce qu'elle fait la gueule à Juliette qui drague Simon pour énerver Rachel. Mais si on accepte ce côté "spleen moderne sur papier glacé", le cynisme amer du roman finit par vous gagner, surtout si vous avez le même âge que Molk et que vous savez ce que c'est qu'une soirée entre potes décevante. Les aventurettes sentimentales des uns et des autres ne sont en fait qu'un leurre : il s'agit bien de parler d'une tragédie beaucoup plus profonde, celle du temps qui passe. Le bougre écrit court, net, sobre, ce qui ne l'empêche pas d'avoir un vrai sens de la formule ("Vous observez vos amis et vous réalisez qu'ensemble vous formez le morceau de quelque chose qui vous dépasse et dont la mélodie ne disparaîtra jamais."), et un goût contagieux pour la tristesse. On entend même souvent derrière le texte le ricanement, le gars ne se privant pas d'une auto-critique sans concession. On est touché, à force, par cette solitude qui s'exprime là, et par ce romantisme qui se cache sous les sarcasmes : Molk refuse de voir s'écrouler son monde, et cette négation des choses fatales fait tout le poignant de son livre. Ca se passe sous un ciel bleu d'été, mais c'est coupant comme le gel de l'hiver. Pas mal pas mal.