wadjda_2-640x426Wadjda est le premier film saoudien, et il est écrit et réalisé par une femme. On comprend alors qu'il est difficile d'en faire une critique sans être immédiatement taxé d'insensibilité. Pourtant, ce charmant film ne manque pas de défauts, et si on oublie deux secondes de le restituer dans son contexte, on tombe même sur une montagne de bons sentiments qui finit par confiner à la sucrerie pure et simple. Certes, Haifaa Al Mansour ne manque pas de tripes : elle filme la (petite) révolution d'une fillette dans l'Arabie sclérosée d'aujourd'hui. La petite veut un vélo (objet hyper-référencé dans le mélodrame, depuis de Sica jusqu'aux Dardenne), et pour pouvoir se le payer elle est prête à tout : fourguer ses bracelets faits main à prix exorbitants, arnaquer gentiment les amoureux qui lui filent des pourboires pour pouvoir flirter en paix, et s'inscrire au championnat inter-totaux de vainqueurs de coupe de ligue de récitation de Coran. Dans un pays où tout semble interdit à la femme, les chaussures de marque, les cheveux apparents, le vélo, le rire, la chanson, voilà qui fait figure de rebellion. Et le film, dans son contexte, suit cette insolence-là, montrant comment les intégristes ont fait de l'Arabie un endroit proprement invivable, montrant l'atavisme et la domination masculine terribles. Le film est intéressant dans ce qu'il laisse voir du pays, et secrètement indigné sans en faire trop. Al Mansour n'hésite pas, par ailleurs, à contrebalancer son discours critique par quelques détails plus apaisés, par l'humour, ou par sa volonté de montrer que son pays est aussi, par moments, moderne et beau. Sa fillette est craquante, sa mère de famille toute en noblesse d'âme, c'est du joli travail.

20352456Mais voilà, n'est pas Kiarostami ou Hana Makhmalbaf qui veut (Où est la Maison de mon ami et Le Cahier sont construits sur cette même idée de quête dérisoire d'un enfant à travers un territoire dangereux) et il ne suffit pas de tourner dans des conditions impossibles pour réussir son film. On dirait que Al Mansour essaye coûte que coûte de nous convaincre de quelque chose dont on était déjà convaincu au début. Elle gagne notre sympathie dès les premières secondes, mais ne cesse de nous la demander encore tout au long de son film. On est tous bien d'accord pour dire qu'il est mal que la femme soit encore de nos jours spoliée par les hommes ; on peut peut-être maintenant raconter autre chose, ou en tout cas aller un peu plus loin. Les outils pour nous faire adhérer aux idées de la réalisatrice s'apparentent à des marteaux-piqueurs : qui n'aurait pas la larme à l'oeil devant cette petite fille trop mimi et ses Converse peintes au feutre, anônant son Coran en reluquant le vélo de ses rêves ? Trop facile, et trop unilatéral : le film ne nous demande jamais de réfléchir, juste de compatir. On le fait, mais ça ne suffit pas. Aussi respectable soit Haifaa Al Mansour de nous parler de son pays en prenant tous les risques, son film est très moyen au niveau du scénario (simpliste) et de la mise en scène (gentillette).  (Gols 15/03/13)

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Ce que l’on remarque en premier, lorsque l’Arabie Saoudite nous ouvre ses portes, c’est ce soleil de plombs sur ce sol jaunâtre en fusion, ces bâtiments blancs qui semblent pour la plupart tout juste sortis de terre et puis ces femmes voilées, ces femmes voilées, ces femmes voilées… Sans que cela tourne à l’obsession, il faut bien reconnaître que de voir ces petits bouts de chou (le port du voile se faisait fut un temps après les premières règles, mais comme on n’arrête pas le progrès il semble dorénavant commencé dès le berceau) tout dark vadorisé par cette chaleur, cela fait un peu sourire jaune (et Dieu sait pourtant que les pays musulmans, ça me connaît : mais cette course au voile devient aussi absurde que la course à l’échalotte – bref). Notre petite Wadjda, héroïne voilée par la force des choses mais écoutant des trucs européens rock’n’roll à la radio (ce sera 12 coups de fouet) focalise donc sur l’achat d’un vélo : argument a minima pour ne pas dire makhmalbafien. Toute son attention est tendue vers ce but : gagner de la thune ou gagner un concours coranique (avec Julien Lepers en moustache ou voilé) pour pouvoir s’offrir un deux roues – un deux roues qui lui permettra de faire la course avec son petit amoureux (l’amour n’a pas d’âge en Arabie Saoudite, tu te retrouves mariée en sortant des dernières couches) et de lui mettre sa race : féminine power, my friend. C’est mignon, le faciès volontaire et volontiers grimaçant de la jeune héroïne ajoutant une petite touche trognon qui finit par faire mouche ; parallèlement à ses mésaventures, on suit les petits soucis de sa mère : elle a peur que le père de Wadjda les quitte pour une autre femme (elle ne lui a pas donné de fils, ne peut plus avoir d’enfant, c’est normal, la chiennasse, elle l’a un peu cherché…). Comme elle est belle comme le jour et douce comme l’amande de mon shampooing, elle ne tremble pas trop mais sait-on jamais dans ce pays où les hommes ont tous les droits (et peuvent jouer comme des gamins à des jeux débiles sur Playstation) et les femmes guère (en gros, si elle pouvait vivre dans une niche, ce serait plus simple : en restant voilée, quand même, pour ne pas jouer les tentatrices – les chiennes de garde s’étranglent avec un os). Wadjda constituera-t-elle le symbole de cette nouvelle génération de femmes qui va montrer la voie à ces hommes saoudiens un brin conservateurs ? (ouais, quand elles auront la moustache, hein, ohoho) … On l’espère, c’est un peu la gentille conclusion de cette croquignolette œuvre (pas mieux) taillée sur mesure pour le marché occidental progressiste et libre (…)  (Shang 05/01/16)

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