TGV de Moussa Touré - 1997

Le cinéma sénégalais est trop souvent absent de nos écrans pour qu'on ne se réjouisse pas d'en apercevoir un bout de temps en temps, même si, comme ici, on reste dans le moyen. Moussa Touré, cinéaste humaniste et engagé, réalise une sorte de huis-clos matiné de road-movie, sur la piste d'un bus coloré, surnommé TGV. Entre Dakar et Conakry, son chauffeur, Rambo, charge une pleiade de personnages hauts en couleurs, subit pannes et intempéries, se frotte à l'amour et au terrorisme, et finit au bout de l'aventure à son but avant de repartir de plus belle. On voit bien ce que veut faire Touré : parler par la bande de la société sénégalaise, dans toutes ses strates, tout en faisant mine de réaliser une innocente comédie de moeurs. La galerie est exhaustive : un ministre en goguette, une jeune fille en fleurs à marier, un truand, un marabout, deux ethnologues français, et même un rebelle Bijago (oui, moi non plus je connaissais pas). Les rapports entre tous ces gens enfermés dans le petit bus brinquebalant sont tous symboliques des rapports de classe, de religion, de sexe et de couleurs, et la force du film est de donner de l'importance à chacun, de les regarder à égalité et avec beaucoup de tendresse.

Certes l'allégorie est souvent très appuyée, et le jeu vacillant de la plupart des acteurs (à l'exception du chauffeur du bus, vraiment subtil, et de Bernard Gireaudeau, assez drôle) n'ajoute pas à la crédibilité de cette historiette qui vire au conte. Mais le film, lumineux quand il le faut, tourmenté quand la situation l'exige, marque quand même des points par son discours. Etonnant de voir, par exemple, comment tous ces gugusses abandonnent sans remords les deux Blancs aux griffes des rebelles, ou comment le ministre fait de sa couardise un programme politique. Quant à la mise en scène, elle est vraiment plus qu'honnête, avec même un plan-séquence de toute beauté, qui fait tout le tour du bus en panne, poussé par les voyageurs, et fait exister chaque petite histoire en un seul mouvement. Un petit film un peu vacillant et amateur dans sa direction d'acteurs, mais très agréable et loin des clichés.
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