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Premier film très personnel de l'Israëlien Ami Livne, pas encore parfait mais qui choisit au moins une voie assez ardue et ambitieuse pour parler de son sujet. Sujet d'ailleurs éternel dans le cinéma national : le partage des territoires. Plutôt que de livrer un énième film politique à thèse, Livne opte pour un plus discret style, pour une symbolique sans violence. On suit les pérégrinations d'un brave gars, Kamel, faisant chaque jour le trajet entre son boulot (il est agent de sécurité dans une gare routière) et son logement (minable hameau de trois baraques branlantes en tôle plantées au milieu de rien). La majeure partie du film est constituée de la marche du gars, pris entre deux univers, sans véritable ancrage : son frère, qui vit dans une des baraques, s'entend mal avec lui, et son boulot est tout sauf gratifiant, et lui appartient presque plus à la route qui sépare ses deux repères qu'à un véritable territoire. Quand les flics débarquent pour signifier que leur habitat illégal va être rasé, il se doit de réagir, ce qu'il fait... en ne faisant rien, hébété par son sort tandis que le frangin organise la colère.

Sharqiya
Avec très peu de mots, sans véritable séquence plus "forte" que d'autres, Livne enregistre simplement la dépossession, et filme ce que peut être la passivité face à l'injustice. Kamel tente bien de réagir à sa façon en inventant un faux acte héroïque qui lui vaudra les honneurs de la télé (et donc une tribune pour protester contre son délogement), mais au final il reste complètement impuissant devant les bulldozers. Le film prend tout son temps, jusqu'à l'ennui,  pour filmer ce désarroi muet : longs plans sur une rase-campagne austère, scènes du quotidien dénuées d'affect, absence d'évènements pour mieux pointer la violence latente du sort de Kamel. C'est lent, c'est parfois assez chiant, mais en même temps Livne a un sens aigu du cadre et nous laisse plantée dans les yeux sa vision du paysage morne qu'il filme ; beaucoup aimé, par exemple, ces savants mouvements de caméra à l'épaule qui cadrent d'abord l'acteur perdu au milieu de nulle part puis, en le contournant, font découvrir son "village" comme jailli de nulle part. La scène de destruction du hameau est elle aussi très intelligemment filmée, dans la longueur, avec la bonne distance (d'abord les personnages qui récupèrent à la va-vite leurs biens, en plans rapprochés, puis la destruction en plan large). Le film finit par parler de choses très vastes, de politique intérieure, tout en ne parlant finalement que d'un type qui marche dans le désert. Le rythme ardu empêche de trouver ça vraiment passionnant, mais voilà tout de même un film profond et sans concession.