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C'est fou comme les imitateurs de Bergman n'ont jamais su imiter Bergman. Schatzberg fait pourtant tout ce qu'il peut pour se rapprocher du modèle, rivalisant de grimaces et de psychologie trop profonde t'sais pour faire son Persona à lui ; mais rien n'y fait : son premier film ne ressemble qu'à un énième pensum lourdement actor's studio. L'enfant déchue du titre, c'est Faye Dunaway (sublimement belle mais vraiment fatigante de construction de personnage), mannequin malmenée par les hommes et par son besoin d'amour, qui sombre peu à peu dans l'hystérie autant que dans l'anonymat. Dans un autoportrait où il s'épargne quand même pas mal, Schatzberg se montre en confesseur de cette femme, recueillant ses souvenirs épars qui se mèlent à ses fantasmes et à ses oublis. Le gars, on le sait, a été photographe avant d'être cinéaste, et dresse un portrait de la photographie de mode qui est bien caustique : c'est la qualité du film, retrouver quelque chose de l'artificialité de ce petit monde superficiel, et dissimuler sous le vernis un être hanté par la folie et la dépression.

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C'est plutôt dans la description de cette déchéance psychique que le film échoue. Le montage, laborieusement bergmanien, tente de méler le passé et le présent dans un seul mouvement, ce qui donne par exemple une conversation démarrée sur la plage entre Dunaway et un pêcheur chinois et qui se poursuit en zoom arrière à l'intérieur d'une maison où Dunaway vieillie se regarde elle-même ; ça donne aussi des apparitions hystériques de bribes de passé au sein d'un récit classique, comme ces réminiscences de viol (il doit y avoir viol dans le cinéma psychologique américain, ça fait partie des clauses inscrites au contrat, sans ça l'acteur de construction n'a rien à jouer). C'est pas mal, mais ça sent quand même pas mal le faiseur. Quant au portrait du personnage, il tombe très vite dans une caricature de femme profonde et perdue qui est devenue la tarte à la crème de ce genre de personnage. Dunaway en fait des tonnes dans ses roulements d'yeux, et on ne cesse de penser qu'elle est en train de taffer, elle ne s'efface jamais derrière le personnage. Schatzberg, de plus, n'est pas encore l'habile metteur en scène qu'il sera bientôt : en habillant son film d'une esthétique mélangeant le grand cinéma européen (l'île battue par les vents, les gros plans à deux millimètres des visages, la teinte "pauvre" du grain de l'image) et le pop-art (les scènes de studio, l'extravagance des personnages secondaires, le côté collage), il reste le cul entre deux chaises, servant un style hétéroclite et difficile à suivre. Comme le rythme n'est pas non plus au rendez-vous, et comme les dialogues pèsent leur poids de signifiance, on finit par classer la chose dans la catégorie "films de Romy Schneider", alors qu'elle ne joue même pas dedans ; et ça, c'est le comble.

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