medium_avida01Si la pochade s'annonçait amusante (ça commence avec un "rhinocéroro" qui plante des banderilles dans l'animal sus-nommé) elle part très très vite en eau de boudin et l'on est rapidement consterné par tant d'inepties molles. Nos Groslandais partent d'un imaginaire surréaliste - rêvant de mettre le feu à une girafe ou de reconstituer en images un tableau de Dali - et l'ensemble est surtout tristement plat et couillon. Il ne suffit pas de tourner dans un zoo pour que cela contienne toute la poésie de notre enfance (se prennent pour Kusturica ou... Michaux, ma parole, ehehe) et l'univers visuel de ce noir et blanc à gros grains est aussi indigeste que du gros rouge. Qu'ils veuillent sortir des sentiers battus, bien, encore faut-il avoir quelque chose à dire ou à montrer - le symbolisme de cette grosse femme que l'on amène en haut d'une colline qui surplombe la mer me semble d'une vacuité totale, d'autant que l'humour joue les abonnés absents - un désert de sens joué avec un sérieux inquiétant ; Delépine et Kervern se prennent pour des avant-gardistes et feraient mieux d'aller à la Cinémathèque ou d'écrire un scénario pour commencer. Avida, à éviter, d'urgence.   (Shang - 07/06/07)


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Delépine et Kervern ne nous font décidément pas le même effet, à mon camarade et à moi : moi, j'ai pris un grand plaisir à regarder Avida, même si je suis d'accord avec Shang pour déplorer un grand manque de fond. Après tout, le sujet n'est pas de raconter ou de signifier, mais de tenter l'exercice de style pur, sur les traces de Dali, de Buñuel ou de Topor. Le film fonctionne ainsi sur la pure expérimentation, et que deux stars installées du petit écran soient dôtées d'une telle audace et d'une telle personnalité quand ellles passent au grand me semble une raison suffisante pour applaudir à deux mains devant cet objet purement formel et radical.

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C'est surtout aux yeux que le film fait du bien. Delépine et Kervern, il faudra bien le reconnaître un jour, ont un oeil remarquable, et sont, pour tout dire, de foutus bons metteurs en scène. Pas un seul cadre dans ce film qui ne témoigne d'une profonde science de l'équilibre des plans, d'une parfaite connaissance de la puissance des profondeurs de champ, d'un puissant sens des contrastres et des focales. Depuis ce plan hallucinant où un bourgeois meurt au premier plan dans sa villa dorée alors que son esclave amuse les chiens au second plan (la lutte des classes en une seule image forte) jusqu'à ces inspirations lynchiennes où une bande de trisomiques nous contemplent en plan large, depuis les gros plans serrés sur le visage de Kervern (qui a rarement été aussi bon) jusqu'à cette errance très pasolinienne sur une montagne grisâtre, on ne cesse de s'ébahir devant la beauté du film. C'est peut-être parfois un peu trop, et on se dit que les gars ont du mal à filmer simplement. Mais le fait est que, même quand il s'agit de filmer un gars immobile dans un champ, le cadre est toujours impeccable, le regard toujours puissant et à la bonne place.

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Le film tirant tous azimuths et tentant des tas de choses de façon arbitraire, il est fatal que pas mal de séquences ne fonctionnent pas. Les réalisateurs, c'est encore leur défaut aujourd'hui, ont du mal à se départir de ce côté "suite de sketches" qui peine à faire un vrai long métrage cohérent. Ici, quand ils en font trop, ça se sent : le sketch avec Dupontel, péniblement long ; la complaisance dans le sanglant, inutile ; la recherche de l'étrangeté à tout prix, qui fait souvent tomber le film dans le travail appliqué. Mais la plupart du temps, on est ébahi par l'audace, l'insolence du film, et surtout par cette poésie "parallèle" que Delépine et Kervern savent manier. Eux, ils aiment le tordu, l'obèse, le moche, le vieux, le laid, le crade, et laissent toute leur place à la bande freaks qu'ils filment : toujours humaniste, leur film n'est jamais supérieur aux êtres qu'ils filment, aussi torves et laids soient-ils. Au contraire, Avida revendique une place pour tout ce qui dépasse du bord, pour tout ce qu'on ne filme jamais. Quand ils filment des handicapés, ce n'est jamais avec cette horrible pitié dégoulinante qu'on trouve dans les autres films ; c'est en montrant en plein la différence, voire la laideur des corps, des visages. Peu à peu, on accepte cette beauté parallèle, cet univers autre, et le film acquiert une poésie très touchante, à la manière d'un Tod Browning (même façon de montrer l'humanité qu'on ne montre pas d'habitude et de la trouver belle). Il n'y a, en fin de compte, que très peu de provocation dans ce film (et quand elle y est vraiment, c'est là qu'il se plante) ; à la place, il y a une déclaration d'amour poignante à la puissance du cinéma (les références à d'autres films "mainstream" se comptent par paquets de douze). Même vidé de sens, même dénué de scénario, Avida est un vrai beau film de cinéma, avec 11000 défauts certes, mais avec encore plus de qualité, dont une qui n'est pas la moindre : la tendresse. Viva l'Avida.   (Gols - 11/02/13)

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