83567885_oVoilà du léger de chez inconsistant, du familial de chez coin du feu et du coloré de chez Caran d'Ache. Sirk s'aventure dans le genre musical, et s'en tire ma foi très bien, puisque tous les adjectifs du genre peuvent lui être attribués : c'est kitsch, joyeux, plein de bons sentiments, rigolo et craquant. Bon, cela dit, il faut aimer le sucre, hein, on est loin des assassinats que seront ses mélodrames pur jus ; mais si vous possédez des enfants autour de 6 ans, si vous avez envie de leur faire voir un bon vieux machin à l'ancienne et si vous ne craignez pas les chansons de variété antiques, vous pouvez toujours mater ça un soir de Noël.

83567857_oC'est l'histoire d'un gars "Doc", escroc vendant ses produits aux vertus magiques de ville en ville, accompagné de son fidèle serviteur (Scatman Crothers lui-même, bien avant que Nicholson lui plante sa hache dans la poitrine chez Kubrick). Ils prennent en charge un pauvre ch'tit orphelin d'une dizaine d'années (l'acteur en a environ 37, mais le maquillage fera le reste) et le protègeront des méchants politiques qui veulent le ramener à l'orphelinat pour enterrer une affaire de maltraitance (y a des toiles d'araignées partout dans la baraque, une honte). En chemin ils découvriront que le petit a une voix d'or (il chante Ave Maria en contre-ut à vous faire exploser votre home-cinéma), et le Doc découvrira de son côté l'amour, en la personne de Diana Lynn, fadasse dinde à chapeau. C'est rigolo, il y a des chansons très New-Orleans qui vous font battre le rythme avec les doigts dans votre fauteuil, les méchants sont super méchants et les gentils très gentils. Le principal (seul ? ooooh !) intérêt de la chose réside dans la capacité du Doc à raconter des mensonges gros comme lui : à chaque accès de mythomanie, on assiste à de très jolis "flashs-bak mensongers", qui revendiquent haut et fort leur côté carton-pâte ; quelques séquences de pantomimes assez marrantes, excessives et d'autant plus fendardes qu'elles sont placés en fondu enchaîné avec la mine ahurie du gamin qui écoute ces fadaises bouche bée.

83567829_oNon, mais sans rire, il y a aussi dans ce film d'autres jolies choses : une comédienne de second rôle qui joue parfaitement l'amertume (elle aime le héros, fait tout pour lui, mais il en aime une autre), Carole Mathews ; un petit duo chant/claquettes avec la même qui marque des points (très beau montaga parallèle entre cette danse en coulisses et le numéro de clowns qui se déroule en même temps sur scène) ; et surtout une palette de couleurs vraiment remarquable, qui fait parfois songer au Renoir de French Cancan, pas moins. Sirk est vraiment l'as de la couleur, et même dans ce tout petit film, le regard est souvent explosé par son utilisation d'icelle. C'est tout ce que j'ai à dire.

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