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Eastwood a souvent flirté avec les bons sentiments, c'était dangereux et ça le perdra plus d'une fois : True Crime est un bon exemple que ce n'est pas avec eux qu'on fait un bon film. Clint est contre la peine de mort, c'est tout à son honneur ; mais il se sert pour en démontrer l'horreur de gros sabots dignes d'un paysan poitevin, ce qui fait perdre à son film toute puissance politique. Pire : en transformant la mort d'un homme en suspense polardeux essoufflé, il passe carrément à côté de son sujet.

TRUE CRIME
Les raisons pour lesquelles il est opposé à la peine de mort sont en elles-mêmes un peu douteuses, et on se dit que Clint n'est décidément pas un cinéaste de gauche : pour lui, il faut lutter contre la peine capitale parce qu'elle tue parfois des innocents. Un peu court ; même si elle ne tuait que des coupables, il faudrait la combattre, non ? Il enfonce le clou en nous présentant, dans le rôle du condamné, un très beau jeune homme, excellent père de famille, époux aimant et travailleur exemplaire, qui n'a eu que le tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Dès le départ, on sait qu'il est innocent, et on est pris de pitié pour ce gars courageux et fort. Il aurait été plus courageux de nous montrer une brute sanguinaire ayant tué 42 bébés et de le défendre quand même. Ca aurait été plus difficile aussi, et Clint préfère la facilité. Bon, c'est vrai, en même temps, qu'il soigne sa reconstitution : on sent bien que l'horrible protocole de la mise à mort est documenté à fond, que tout y est pesé et vérifié. C'est clairement le bon point du film : nous montrer minute par minute les étapes de l'exécution, nous expliquer de façon très pédagogique la façon dont ça se passe. Ce qui rend le film d'autant plus effrayant : en tentant le quasi-documentaire, Clint est bien plus efficace dans son discours qu'en écrivant ce personnage attendu et peu crédible.

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La partie polar est bien paresseuse, allant d'invraisemblances en coups de théâtre au rabais, et le reporter incarné par Eastwood lui-même semble rencontrer la vérité uniquement par hasard. On bâille poliment devant cette suite de révélations qui aurait occupé deux minutes d'un Columbo, s'arrêtant juste pour sourire devant quelques coquetteries (le Clint qui couche avec une coquine de 20 ans, ben voyons), devant des scènes un peu plus amusantes (la visite du zoo super rapide : décidément l'auto-critique d'Eastwood en tant que figure paternelle confine au masochisme tout au long de sa carrière), ou devant des numéros d'acteurs assez fun (James Woods, vraiment drôle). Le reste sent le bâclage, des dialogues aux situations. Heureusement, les acteurs sauvent la mise, notamment les femmes, c'est assez rare dans sa filmographie pour le noter : Diane Venora dans le rôle de l'épouse trompée, et LisaGay Hamilton dans celui de la femme du condamné, sauvent les deux scènes les plus casse-gueule et mélo du film. L'une joue parfaitement le désespoir lorsqu'elle finit par quitter son son mari, l'autre est très émouvante dans la séparation avec son amoureux condamné (scène injouable s'il en est). Côté mélodrame, grâce à elles, le film s'en sort. C'est bien du côté suspense et du côté de l'ambition politique qu'il se vautre. Un très petit Eastwood, quoi, voilà.

All Clint is good, here