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Popopo ça continue avec la même tenue et le même talent que pour la première partie. Il faut le dire : Kashyap se hisse aux côtés des plus grands (Scorsese, Coppola), et même s'il lui manque un peu de la profondeur de ses aînés, côté spectacle il n'a pas à rougir. Cette deuxième partie charcle sa mère, si vous permettez l'expression, et on contemple ça bouche bée tout du long, alors que ça nous fait au final un film de plus de 5 heures.

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Surenchérissant sur le premier volet au niveau de la violence, le film, en s'inscrivant dans la période moderne, gagne en brutalité et en gore. Il y a de grands moments de bravoure que n'aurait pas renié un Peckinpah dernière période ou un Tarantino : ainsi la fusillade finale, exemple de mise en scène, à la fois limpide dans l'utilisation de son décor pourtant complexe, passionnante dans la progression de son personnage (façon jeu vidéo, 1 pièce, 1 cible) et super aride dans la violence, elle culmine avec l'assasinat du "méchant ultime", quelques minutes de gore total qui marque des points dans le côté premier degré de sa mise en scène : ralenti, musique techno à fond, et un type qui s'acharne sur un autre ; on peut trouver ça complaisant dans la violence (et c'est vrai que ça l'est), on peut trouver aussi ça hyper-fun, et ça l'est aussi. Il y a régulièrement tout au long de ce film des grands moments, on ne sait jamais quel personnage, aussi important soit-il, va se faire buter dans la séquence suivante. Kashyap jongle effectivement avec les fausses pistes, nous présentant certains personnages comme importants pour mieux les assassiner sans fanfare quelques minutes après. Assassinats toujours placés sous la seule obligation d'être graphiquement puissants : décapitation qui prend bien le temps de faire gicler du sang vermillon, exécutions sommaires filmées en toute simplicité, fusillades de gangs, tout est tendu et impressionnant.

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Tout ça est en plus habillé de cette patine purement indienne qui fait toute l'originalité du film. Acteurs maquillés à outrance, petites récréations comiques parfaitement improbables (la drague du héros, terrible), chansons affreuses roucoulées par des champions de l'Eurovision (la musique du film est cela dit extraordinairement utilisée, nouveau parallèle avec Scorsese), on est bien dans Bollywood. Et pourtant, Kashyap ne cesse de se foutre de la gueule du genre, cinéma sentimental à la con ou soap immondes ; il inclut ce monde coloré et fantasmé dans sa trame réaliste et presque sociale, et les oppose radicalement : le héros attaqué par une horde d'ennemis laisse sa famille devant la télé avant d'aller trucider toute la bande ; on sent bien aussi tout ce que les gangsters doivent au cinéma bollywoodien, dans leurs postures, dans leur imaginaire. Tout ça fait qu'au bout du compte on assiste à des règlements de compte entre mafieux du dimanche, maladroits et ringards, dont le flingue s'enraye au mauvais moment, dont les bagnoles de luxe sont remplacés par des mobylettes antiques, et qui ne feraient pas peur du tout si au bout du compte ils ne parvenaient à tuer avec une brutalité stupéfiante. Mélange d'humour et de sauvagerie, à cheval sur deux cultures et respectant les deux, Gangs of Wasseypur est un grand film.