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Voici bel et bien ce qu’on serait en droit d’appeler d’après la typologie gionesque (Jean Dgiono, notre maître à tous), un film de village. Dans le film du village, il y a toujours la pourriture en chef (ici un Turc pédophile automatiquement sympathique… enfin, voyez…) et des sous-sbires (grecs) à sa botte (Un enfoiré de Pope qu’on appellere le Pope Cornis, un patriarche tout barbu et un petit enculé à lunettes qui ressemble bizarrement à Jean Bouise jeune s’il fut jeune). Ce petit village grec vit donc, vous l’aurez compris, sous le joug turc mais semble s’accommoder bassement de cette condition (les trois sbires grecs se remplissant leurs poches et calmant leurs ouailles) ; l’agha turc donne l’autorisation au Pope d’organiser sa petite fête traditionnelle, à savoir la représentation de la Passion ; plusieurs personnes dans la foule sont désignées pour devoir incarner en chair et en os ces caractères bibliques (un berger bègue en Christ, une blonde aux moeurs très légères (Melina Mercouri) en Marie-Madeleine, des apôtres (pas les personnes les plus saintes du villages) et même un Judas (c’est un Roger Hanin ventripotent qui s’y colle et qui avait alors bien plus fière allure que la semaine dernière sur Yahoo…). L’incident survient quand une importante troupe de Grecs errants (ils ont été chassés de leur village par les Turcs après avoir encouragé des soldats à se battre contre leurs ennemis intimes) survient au village : le Pope à leur tête - nommons-le le Pope Artis - demande aumône et refuge au village ; le Pope Cornis, voyant d’un sale œil cette horde de migrants - pouvant mettre en danger sa propre autorité et surtout ses avantages - les envoie paître comme le bon chrétien qu’il est : il se justifie en les accusant lâchement d’être atteints par le choléra… L’agha se marre (mettez deux chrétiens ensemble et vous aboutirez à une guerre…) et le Pope Artis de partir tête basse avec sa tribu harassée en direction des collines : il décide de s’y installer au milieu des pierres et des sols nus pour mettre fin à ce long périple exténuant… C’est le début de la faim, de la soif et ces enfoirés de Grecs, au village, de ne rien faire pour les aider… Enfin... Jusqu’à ce que les Apôtres et Jesus himself entrent en piste, comme si leur rôle leur collait désormais à la peau…

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On voit venir de très loin la parabole chrétienne - aidez-vous les uns les autres, ne faites ni le vautour ni la guerre - avec ces simples personnages d’opérette, ces simples d’esprit au premier abord - Jesus and his band - en véritable grand défenseur couillu de la cause biblique et humaine. Ce sont les premiers à oser approcher ceux qui sont traités comme des pestiférés, à leur proposer leur aide mais ils doivent faire face à une pression de plus en plus forte des chefs villageois ; la situation s’envenime et les prévisions de l’agha deviennent réalité : ces bons chrétiens commencent à se provoquer, armes en main…

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Film « choral » avec sa part de grands et beaux sentiments humains, de lâcheté, d’amour (Melina entre Jésus et Judas…), de traîtrises, de sacrifices, de petitesses (mais même l’être le moins considéré par ses pairs peut être capable de grandes choses. Si). On sent dès le départ à quel point la situation est explosive entre ces riches Grecs soumis et ces pauvres Grecs rebelles… Le Pope Cornis incarne à lui tout seul toute l’hypocrisie de ces chefs d’Eglise et ses acolytes commerçants tout l’opportunisme des notables. Pas d’hésitation pour savoir de quel côté notre cœur doit balancer… Dassin sait filmer l’intime (Melina et son berger, les Apôtres se saoulant entre eux, Jesus vs Judas) comme les mouvements de foules (les hommes en haillons s’installant sur la colline, le combat final entre les deux factions …) et même si les stéréotypes (des personnages, de la situation…) alourdissent un peu la chose, l’ensemble ne manque pas de souffle. Un Dassin résolument plein d’humanisme et de pugnacité.