vlcsnap-2013-01-27-19h03m27s45
Plus que jamais sur les traces de Buñuel ou d'Alain Resnais, Dupieux continue à tracer son petit bonhomme de chemin vers le surréalisme et la métaphysique absurde, et c'est comme toujours intrigant et discutable : on ne sait si c'est génial ou naze, s'il faut voir là-dedans un vrai talent ou juste un bon sens de l'arnaque ; mais le fait est qu'on passe 90 minutes sur une autre planète. Si Wrong n'est pas parfait, s'il est un chouille plus frileux que Nonfilm ou Steak, on ne peut qu'admirer l'audace scénaristique et formelle du gars. Pour moi, je penche plutôt du côté de ceux qui aiment ce cinéma-là, même si, pour le coup, trop de non-sens peut finir par tuer le non-sens.

19999583
Parce que son chien a disparu, Dolph va plonger dans une réalité parallèle, indicible et surréelle, qui va l'amener à rencontrer un jardinier mort vivant, une femme qui accouche en deux jours, un lièvre en moto, un gourou télépathe, un détective qui sonde la mémoire des étrons, un chien transformé en gosse et un sapin magique. Sur ce départ murakamien s'il en est, Dupieux parvient, comme le maître japonais, à trouver un style parfaitement insaisissable, mélange de gags pur jus (c'est sûrement la veine la moins intéressante) et de zen. Curieux humour, presque pas drôle, à la limite du mortifère, déployé dans la lenteur, dans la tristesse : mine de rien, en faisant semblant d'être une farce, le film parle de paternité, de solitude, de dépression, et de tout un tas d'autres sujets sinistres qu'il fait passer comme de rien. C'est très étrange de voir comment peu à peu une certaine cohérence se dégage de ce fatras, comment la mise en scène et le ton si originaux du gars parviennent à rendre le tout homogène ; même on se surprend à ressentir parfois une réelle émotion (la très jolie fin), comme si, derrière le grand n'importe quoi, Dupieux était parvenu à nous parler de quelque chose de profond : la solitude et le non-sens de la vie, quelque chose comme ça.

19999580
Tout n'est pas bon là-dedans, et on a parfois l'impression qu'un court-métrage aurait suffi pour dire la même chose. Quand Dupieux fait ostensiblement son malin (la séquence montée à l'envers, le bureau sous une pluie battante), son système s'écroule. Mais c'est dans le minuscule que le film parvient à toucher, dans ce presque rien qui "dévisse" sans qu'on s'en rende compte : une conversation avec une livreuse de pizzas qui devient absurde par sa seule longueur, un personnage pas à sa place (une joggeuse, un flic), un chien assis sur un fauteuil d'autobus, ou les expressions craquantes de l'excellent et lynchien Jack Plotnick, et c'est tout un monde qui s'ouvre sous nos pieds, comme si tout n'était que façade, comme si Dupieux soulevait un peu le rideau pour nous laisser voir les coulisses de l'existence. Je suis prêt à appeler ça poésie, oui, malgré les écarts dommageables (la scène en trop du détective et de sa merde de chien) et la légèreté générale.