26 janvier 2013

Les Enfants du Diable de Claude-Timon Gaignaire - 1993

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Gaignaire réussit le tour de force de réaliser en 1993 un film qui semble dater de 1822, ou en tout cas des premiers pas de l'ORTF, et ça c'est balèze. Son film, gavé jusqu'au col de bons sentiments, de mots d'occitan et de nostalgie rance, ressemble en effet à tous points de vue à un téléfilm raté de France 3, ce qui n'est pas une louange. Jugez plutôt de la fulgurance de la trame : en 1940, un jeune instit muté dans un hameau de Lozère se trouve embringué malgré lui dans la Résistance ; on en profitera pour filmer les splendides-paysages-rudes-mais-si-splendides-mais-rudes de la Lozère (terre de clichés les plus éculés, je sais de quoi je parle), pour montrer un groupe d'enfants cromignons qui récitent du Ronsard parce qu'avant on connaissait les poèmes de Ronsard tas de morveux, et montrer les traditions ancestrales de ce splendide et rude pays. Le côté "c'était mieux avant" est déjà gavant en soi, et on dirait que Gaignaire n'a pas vu de film depuis les Pagnol : il a beau faire semblant de tempérer sa fatigante nostalgie de l'ancien temps par quelques personnages particulièrement rustres (un maire collabo, deux-trois semi-débiles illettrés), on voit bien qu'il considère son film comme une machine à remonter le temps et à casser des noix au coin du feu (l'affreuse scène de la veillée de Noël, que même TF1 aurait refusée). Démonstratifs, manichéens, simplistes, les dialogues et les situations sentent l'écriture de bon élève, et seuls les enfants (attachants sauf dans les scènes de groupe, où leurs regards se perdent et où ils ne peuvent éviter un petit sourire à la caméra) arrivent à faire passer la chose.

Nouvelle image
Mais si ce n'était que ça... C'est finalement techniquement que le film est le plus navrant. Que ce soit le montage (qu'est-ce que c'est que ces inserts inconsistants ?) ou la façon de montrer le paysage (méconnaissance affligeante du cadre), Gaignaire échoue à tous les postes. Le pire étant sûrement la direction d'acteurs : au mieux un François Négret hébété, pas dirigé, compensant ses roues libres par des gestes furibards ou des facilité de jeu anachroniques ; au pire la bande de seconds rôles jamais crédibles, revêtus de costumes repassés de la veille, qui semblent être des figurants à qui on a confié 5 minutes avant des répliques à dire. Leur fausseté de jeu corrompt tout le film : on n'y croit pas une seconde. Gaignaire voudrait bien, pourtant, réaliser une reconstitution historique crédible. Mais (mettons ça sur le compte d'un manque de moyens, mais je suis à deux doigts de le mettre sur celui d'une absence de talent) tout semble artificiel, les fusils semblent être des jouets en plastique, et les Allemands aussi teutons que je suis hollandais. Du coup, on ne tremble pas pour cette bande de maquisards d'opérette ni pour cet instituteur antipathique (aux méthodes d'éducation qui feraient mourir de rire les pédagogues d'aujourd'hui), et on s'ennuie sévère. A passer en classe, oui, mais comme exemple du cinéma de papa des années 40.

Posté par Shangols à 11:07 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Les Enfants du Diable de Claude-Timon Gaignaire - 1993

    Bon, ok, je vois bien qu'Akii Bua, ce n'est pas ta tasse de thé. Mais qu'est-ce qui a pu te donner envie de regarder cela quand un simple photogramme semble tiré d'un téléfilm des années 80 (1800) ? La nostalgie de la Lozère... ? Hein, dis.

    Posté par Shangols, 26 janvier 2013 à 12:05 | | Répondre
  • Mmmm, longue histoire que je ne peux dévoiler sous peine d'être démasqué... Mais tu as raison, mieux vaut se taper des films de sport. Damned.

    Posté par Gols, 26 janvier 2013 à 12:13 | | Répondre
  • C'est ton "poil de carotte" (O Bohringer ma douleur...) à toi... Je compatis alors...

    Posté par Shangols, 26 janvier 2013 à 14:43 | | Répondre
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