Chakushin+Ari
Merci à notre lecteur Phil qui nous conseille des films d'horreur nippons, surtout quand il s'agit d'un film de Miike, cinéaste intéressant s'il en est. J'avais vu récemment le remake américain de la chose (une bouse), et il va sans dire que Miike s'en tire bien mieux. Il s'en faut de pas grand-chose, quelques jolis mouvements de caméra, une façon plus subtile d'amener les effets horrifiques, un jeu d'acteur plus fin, et on passe même du tout au tout. Chakushin Ari est tout à fait plaisant, malgré le côté foutoir de son scénario, qui hésite entre film de fantômes, film de technologie déviante, film policier, film surnaturel et lourdes explications psychologiques à base de traumas enfantins dans un bâtiment désaffecté. C'est la mise en scène qui fait gagner des points au bazar : les mouvements circulaires autour des personnages, qui font peser une sorte de présence oppressante sur de nombreux plans pourtant inoffensifs, cette façon aussi d'immobiliser pendant plusieurs secondes uin plan pour mieux orienter notre regard vers le second plan, où tout se joue (la vision effrayante du visage du fantôme qui se dessine derrière sa victime, imperceptiblement).

18443137
Sobrement, Miike fait monter l'angoisse, et le film est relativement flippant si on se laisse aller. Le scénario, encore une fois, n'aide pas : il s'agit d'une sorte de remake de Ring, avec un téléphone portable à la place de la cassette vidéo. Un virus mortel file de personnes en personnes, par le biais de leurs portables : dès qu'un gars meurt, son téléphone appelle quelqu'un d'autre pour lui annoncer sa mort prochaine. Miike s'amuse à fustiger l'abus des nouvelles technologies, c'est pas non plus super courageux mais ça fonctionne ; l'idée cependant ne dure qu'un temps et bientôt il remplace cette piste intéressante par un simple exercice de survie face aux méchants revenants, c'est moins bien. La fin, qui louche vraiment vers Hideo Nakata, n'est vraiment pas à la hauteur du maître, se fourvoyant dans des sur-explications inutiles mélant culpabilité maternelle et jalousie fratricide. Même le fantôme final (un dégoulinant cadavre assez peu hygiénique) semble un peu cheap. Surtout, on n'oublie pas que c'est Miike aux manettes, l'un des cinéastes les plus barrés du monde, et du coup on sent bien que ce film-là le freine un peu dans ses élans. De facture trop classique, privé d'aspérités ou de soufre, il semble être le film le plus sage de son auteur, ce qui est bien dommage. Au final, bof bof bof, peut mieux faire. Mais merci quand même, hein, Phil, ça va de soi.