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J’ai tué ma mère m’avait coupé une patte, Les Amours imaginaires m’avait laissé un peu mitigé (trop de tics, de références systématiques) et j’ose avouer que j’abordais les 2h45 de ce troisième opus du jeune Cânâdien un peu à reculons. Je peux le dire maintenant : j’avais bien tort. Certes, j’aurais dû savoir que la présence toujours lumineuse du gars Melvil Poupaud est toujours salvatrice. Mais là, alors là, il rentre dans ce rôle avec une telle justesse, une telle facilité, que ouahhhhh ! - peu d’hommes maquillés en femme auraient suffisamment de talent pour paraître crédibles trois heures durant ; Melvil relève le gant avec maestria, frankly speaking. Comme son vis-à-vis femino-féminin canadien est à la hauteur (les coups de gueule de Suzanne Clément sont déjà cultes…) et que Nathalie Baye est comme d’hab magistrale (avec des dialogues écrits sur mesure, soulignons-le), ces 2h45 passent comme un souffle. Enfin, n’en faisons pas trop non plus… C’est vrai que ce film aurait pu se terminer au bout de 1h30 sans qu’on ne se sente vraiment lésé, que Dolan est loin d’en avoir fini avec ces longs couloirs clipesques qui parfois se justifient, passent, mais qui souvent, par leur répétition, deviennent un poil agaçants, que le film dans sa dernière ligne droite a du mal à « vouloir finir » comme si Dolan ne voulait pas se résigner à laisser ces deux amants magnifiques qui… Mais balayons d’un revers de la main ces quelques réserves - notre main fut justement assez lourde lors du second film de Dolan - et disons-le haut et fort : malgré quelques petits couacs dans les trente premières minutes de visionnement -, nous fumes totalement sous le charme de cette histoire superbement écrite par le chouchou canadien.

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Dolan n’est jamais meilleur que dans l’écriture des dialogues, dans les « montées en puissance verbales » (autrement dit les bonnes vieilles engueulades), que lorsqu’il filme ses acteurs à hauteur d’homme et que ces derniers déclament le fond de leur pensée. Il est dommage (et c’est d’ailleurs le reproche qui sera fait à son héros vers la fin) qu’il ait du mal « à redescendre sur terre » parfois, qu’il semble croire dur comme fer à ces images « planantes » qu’une simple musique suffirait à porter, qu’il continue de faire ces quelques plans chichiteux, pubesques (filmer du plafond, mouarf, une fois ça va…). Mais j’ai dit que j’arrêtais avec les critiques : avec l’âge, le gars va bien finir par minimiser ces séquences « lyriques » un peu faciles et primaires. D’autant que pour ce qui est de nous faire croire à ses personnages, le type assure à fond les ballons : Dolan a un vrai talent pour « dessiner » ses héros (il fait aussi les costumes, cela doit aider), à construire une progression narrative (il est en charge du scénar et du montage ce qui permet forcément d’avoir un certain contrôle…) et enfin à écrire des dialogues… Il est regrettable qu’il ne semble pas avoir autant de confiance en soi de ce côté-là (écriture, direction d’acteurs) que dans l’enfilage de séquences musicales (stop, j’ai dit, aahhh)…

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Son histoire, parlons-en justement, ne nous épargne rien du bonheur et du malheur d’un couple. Tout part un peu en live le jour où Melvil décide de s’habiller en femme. C’est ce qu’il a toujours souhaité faire, il a enfin les couilles de sauter le pas, seulement voilà difficile de savoir quelles seront les conséquences, dans son entourage, au niveau sentimental, familial et professionnel - beh oui… Sa femme l’aime, évidemment, éminemment, mais il est clair que l’image qu’il « renvoie » désormais ne correspond pas vraiment à celle de l’homme qu’elle aime (a aimé, a rencontré ?)…  Juste une question d’apparence ?… Peut-être après tout. Quoique. En tout cas plus facile à dire qu’à vivre… Elle tombe, la pauvrette, dans la dépression… Comme les relations du Melvil avec sa famille se tendent (sa mère ne veut pas que son père le voit dans cet « état ») et que ses relations professionnelles se brisent (manque de couilles (toujours) du comité directeur de l’école où il travaille qui cède à la pression des parents et le renvoie…), autant dire que notre homme féminisé traverse une période difficile… Dont son couple se relèvera… ou pas. Dolan ne nous épargne rien (déchirure, absence de l’autre dure à vivre des deux côtés, retrouvailles magiques, second effet kiss cool, mise au point, mensonges, aveux, seconde déchirure toujours plus profonde, re-retrouvailles… pour le meilleur, ou pour le pire…) mais même s’il s’agit de « passages classiques », il trouve toujours un ton, un angle d’approche pour nous le rendre intéressant, nouveau… On s’attache terriblement à ces deux personnages et ce n’est sans doute pas pour rien que Dolan achève son film avec leur toute première rencontre - comme si cette construction cyclique permettait de revenir au début de l’histoire et de faire un film ad lib… On lui en sait gré car on finit, malgré les… (shut up…), par être entièrement captivé par ses deux personnages principaux. Courbettes serviles au Melvil et à Suzanne et jalousie délicieuse envers le talent de ce ptit jeune quand même doué, le bougre…   (Shang - 24/01/13)

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Bon, ben voilà, il y a des cinéastes qui nous divisent, avec le gars Shang, et Xavier Dolan semble bien être l'un d'entre eux. J'ai trouvé Laurence Anyways au-delà du ridicule, dépassant même en postures cool l'affreux Les Amours Imaginaires qui m'avait pourtant laissé exsangue : je me rangerai donc malheureusement du côté de nos lectrices furibardes (voir les commentaires). Aucune des qualités mentionnées par mon éminent collègue ne me paraît effective, et depuis la mise en scène jusqu'aux acteurs, j'ai passé 2h45 au mieux en plein fou rire, au pire avec l'envie de décimer l'Europe.

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photo N°1

La première demi-heure est proprement in-sup-por-table : hystériques, jamais dirigés, filmés avec une laideur effrayante, les deux "acteurs" rivalisent de cabotinage, et ma seule envie était d'attrapper l'une (Suzanne Clément, une tête à claques qui joue comme dans les feuilletons américains des années 80) pour taper sur l'autre (Poupaud, qui a l'excuse de ne pas comprendre du tout ce qu'il fait là, qui tente de s'en tirer comme il peut, mais qui sait improviser comme je sais poser un plombage). Ce dernier a quand même joué dans un Rohmer, rappelons-le quand même pour mieux se lamenter sur ces postures impossibles que Dolan lui fait prendre : je vous renvoie à la photo n°1 ci-dessus, intitulée "Laurence apprend à sa femme qu'il veut se déguiser en nana" (quand Suzanne Clément est triste, elle a une curieuse tendance, tout au long du film, à manger les murs ou à s'appuyer contre, comme dans les clips de Patrick Bruel) pour mieux vous faire comprendre ce que je veux dire. On croit à ce couple et aux turpitudes identitaires du personnage comme on croit aux pages mode de Vogue (principal repère artistique de Dolan). Bruyante, clicheteuse, génante tant elle est maladroite, cette première partie a failli me faire vomir et provoquer Shang en duel.

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photo n°2

Après c'est beaucoup mieux, c'est-à-dire que ça n'est plus que ridicule. Nathalie Baye casse des télés au ralenti sur du Duran Duran pour montrer qu'elle ne communique plus avec son mari, Suzanne Clément écrit des poèmes d'Eluard au ralenti sur le dos de Poupaud sur du Kim Carnes (je vous jure que j'invente rien) pour montrer qu'ils sont libres (il y a aussi d'autres images fortes en poésie, cf photo n°2), Poupaud devient copain avec Michel Serrault dans La Cage aux Folles au ralenti sur du Depeche Mode, les uns ou les autres se ramassent des hectolitres de flotte sur la tronche parce qu'ils sont en pleine émotion tu vois ou des pluies de tissus roses parce qu'ils sont heureux t'sais au ralenti sur du Beethoven, et au ralenti sur du Céline Dion on peut se rendre compte que c'est difficile d'être un homme qui veut s'habiller en femme dans le monde d'aujourd'hui tabernacle. On espère, à la première séparation (sur 127) entre Laurence et sa femme, qu'on va enfin voir disparaître l'infâme Suzanne Clément, c'est se fourvoyer : elle revient sans cesse tenter ses imitations de De Funès en mangeant des murs, et Dolan semble particulièrement l'apprécier, c'est ballot. Poupaud est toujours aussi hébété, consterné visiblement par l'univers dans lequel il est enfermé, Baye s'en tire mieux parce qu'elle est pro et qu'elle en a plus grand-chose à foutre, mais le reste de la distribution est sidérant, entre les soeurs hystériques et les follasses filmées en longue focale. L'aspect clipesque est prolongé par une symbolique très subtile (photo n°3, mmm mmm, y aurait-il une image à déceler derrière ce plan anodin ?...), par une mise en scène qui ne sait presque jamais être juste et par un scénario désespérément idiot (la somme de clichés balancée sur le statut des trans est effarante). On va de clowneries en clowneries jusqu'à ce dialogue final, qui marque la fin du calvaire (et de la carrière ?) de Poupaud : "Mon nom, c'est Laurence, Laurence Allia.... Mais c'est Laurence anyways" (clin d'oeil) (ah, ce clin d'oeil, Melvil, ce clin d'oeil t'a fait redescendre de 17 marches dans mon panthéon des acteurs français)... Mon gars Shang pense que quand Dolan aura laissé tomber ses tics, il sera bon ; je pense plutôt que quand il aura laissé tomber ses tics, ses films ne dureront plus que 2 minutes 20. De la merde. Le débat est ouvert entre les deux co-blogueurs, voilà une saine dissension.   (Gols - 28/01/13)

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photo n°3