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Je n'avais pas revu ça depuis sa sortie, en vrai amoureux de Kitano ça ne se fait pas. Retour donc sur cette chronique douce-amère d'une camaraderie lycéenne, dans laquelle on peut reconnaître en creux Shang et Gols dans leurs années étudiantes. Kitano ne se distribue pas dans ce film-là, qui apparaît d'ailleurs comme un film un peu à part dans sa filmographie, doté d'une discrétion qui l'honore. C'est un "petit" film qui s'assume comme tel, et c'est vraiment agréable de voir comme le charme de Kitano affleure même dans cette oeuvre sans grande ambition. Attention, modestie ne veut pas dire ratage : Kids Return est un vrai beau film nostalgique, qui aborde avec douceur et humour l'éternel sujet du passage de l'adolescence à l'âge adulte.

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La première heure, en tout cas est vraiment agréable : on y suit les 400 coups de deux gusses un peu désoeuvrés, deux copains plus passionnés par la bière et les blagues à deux balles que par le lycée. Kitano est excellent pour trousser des saynètes hilarantes autour du quotidien de ces deux personnages. Entre violence (les gars rackettent les lycéens à la sortie du lycée) et grand amour de la vie (les escapades toutes simples en vélo), ils traversent la vie en toute insouciance, même si on sent percer parfois, dans les éternels ronds qu'ils dessinent en bicyclette dans la cour, une possible angoisse du futur. Avec un rare sens de l'ellipse et du gag, Kitano sait exactement quand couper et quoi enlever pour qu'un gag même attendu fonctionne. Exemple type du style Kitano : un prof arrogant gare sa super bagnole devant nos deux héros, en leur disant qu'elle est toute propre et qu'il ne faut aps la toucher ; plan suivant : le gars avec un extincteur, immobile devant la bagnole saccagée. L'immobilité, la simplicité d'exécution, la tronche de l'acteur : on se marre, bien qu'on ait vu venir le gag de très loin. Cet humour, accompagné d'une vraie tendresse pour les personnage et d'un petit ton tout de même légèrement amer, font de la première partie un très bon moment. Les rapports entre les deux copains sont finement dessinés, l'un dominant l'autre qui accepte cette domination, les deux s'admirant secrètement. Les voir courir ensemble dans des travellings assez fabuleux est également une très belle image de leur camaraderie : si l'un emprunte une autre route, ils finissent toujours par se retrouver à l'unisson quelques mètres plus loin. "S'aimer, c'est regarder ensemble dans la même direction".

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Dommage que Kitano perde de vue son sujet par la suite. Le film continue à être très agréable, mais a l'air d'hésiter entre plusieurs pistes qui finissent par faire oublier le thème principal ; description du milieu de la boxe, avec ses tricheries et ses coups bas d'un côté ; endoctrinement chez les yakuzas de l'autre : on voit bien que Kitano veut renouer avec ce qu'il connaît (le sport et la violence), et réussit par exemple très bien à filmer les combats de boxe, mais on a l'impression que ces deux thèmes viennent en ajout de celui sur l'adolescence, qui était plus attachant et moins attendu. Ceci dit, Kitano a compris que ce passage ado-adulte était aussi une affaire de corps, et s'attache beaucoup à décrire la mutation physique de ses personnages, en parallèle avec leur évolution morale. Les deux descriptions de milieu semblent pourtant trop peu fouillée (par manque de temps, finalement), pour vraiment convaincre : l'histoire des gangsters n'ira pas très loin, pas plus que la descente dans le milieu pourri de la boxe. Dans une dernière scène craquante, Kitano renouera in extremis avec son sujet (il fallait séparer les personnages pour mieux rendre compte des choses éternelles qui les lient pour toujours), et c'est tant mieux : on quittera la chose avec la petite émotion de rigueur, et on gardera en tête que Kids Return est un très joli film "en retrait".