Craig-Skyfall
23ème film de James Bond, et 23 fois le même, ça commence à être un peu fatigant. Ce Skyfall ne démérite en rien, Craig est même plutôt amusant dans le rôle (il ne porte plus de noeud pap, mais il est tout aussi raide que ses prédecesseurs), mais la construction du récit, les personnages et même les détails de la trame ne semblent pas avoir bougé depuis le Docteur No. Ca peut procurer une sorte de plaisir régressif, d'entendre sans arrêt la même histoire, je ne dis pas ; moi, ça m'a un peu soûlé. Comme toujours, les 3/4 de l'inspiration des auteurs semble s'être concentrés sur la scène d'ouverture : elle est plus que spectaculaire, parfaite de tension et de dynamisme, et même si on connait ça par coeur, on ne peut s'empêcher de trembler pour notre héros (attention, putain, un tunnel !). 5 minutes de bonheur de film d'action, montées au taquet, mises en scène avec un vrai savoir-faire par Sam Mendes, qui traitent la vraisemblance par dessus la jambe pour ne nous donner que l'essentiel : du bruit, des gnons et des cascades en moto.

Skyfall-Ben Wishaw-Q
Voilà, après ça, vous pouvez pratiquement aller vous coucher, le reste est sans intérêt : un méchant suave comme de bien entendu (c'est Bardem qui s'y colle, mais c'est le même que d'habitude), la bombasse de rigueur, les explosions d'hélicoptères, les figurants qui tombent comme des mouches, un James Bond ingénieux comme pas deux (ahahh je vais tirer dans l'extincteur, tu vas voir, ça va les aveugler et après je les tue, ahaaah !), que du chemin balisé tranquille et pépère. Certes, les scénaristes essayent bien de nous faire sortir de l'ornière de temps en temps, en nous présentant un Bond assez porté sur la boisson (rassurez-vous, ça ne dure qu'une ou deux séquences, le gars redevient vite la perfection faite tueur), ou en plaçant quelques détails référentiels rigolos (le gars qui fournit une arme et une pauvre radio pourrie à Bond, et qui dit : "quoi, tu t'attendais à un stylo qui explose ?"). C'est tout à leur honneur, mais ça ne va pas pêter loin. L'ensemble est un film d'action moyen parfois même essoufflé, qui semble dater déjà de 15 ans.

Bond & Silva Interrogation
Tout de même, fait notable : il y a peut-être une piste intéressante à suivre dans ce film, celle du méta-film (comme je le dis avec succès dans mes conférences). Il y a dans ce film une intrigante mise en abîme, qui renvoie à toute l'histoire de James Bond au ciné. Craig, pris dans le monde contemporain, semble être à la fois le même et un autre que les premiers Sean Connery. Quand il se met au volant de la vieille bagnole à gadgets de son ancêtre, le trouble apparaît : James Bond 2012 est-il le même que James Bond 1962 ? Dans ces cas-là, il aurait en gros 80 berges. Mais si c'est un autre, le trouble est d'autant plus grand, le film amenant avec astuce notre personnage sur les traces de son enfance en Ecosse. Quand est né James Bond ? N'est-il pas, après tout, une pure abstraction, un concept littéraire, une légende ? En mélant ainsi le passé 60's et le contemporain, Skyfall atteint par bribes de vrais moments d'intelligence. Dommage que le tout soit enterré sous un spectacle bruyant et fané, démodé et inintéressant.