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Un remake du chef-d'oeuvre de Carpenter, il fallait oser. Sous des dehors de "prequel" (c'est censé se passer quelques jours avant le film de 1982, et la fin du bazar tente assez maladroitement de coller exactement au début du Carpenter), Matthijs van Heifningen ne fait que réaliser un copié-collé inutile : mêmes personnages ou presque, mêmes séquences horrifiques ou presque, même histoire ou presque. C'est pas si mal, puisque le réalisateur recopie, mais on peut aussi se demander les raisons de l'existence du truc. Autant regarder le premier film, qui n'a pas vieilli d'une minute, plutôt que cette ressucée sans originalité.

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Pire : quelque chose s'est perdu en cours de route. Trop lissé, trop clinquant, trop esthétique, cette version 2011 échoue à retrouver le côté cradingue de la première version. Trop préoccupé par le spectacle, van Heijningen oublie de s'intéresser aux aspects psychologiques ou politiques de son scénario : Carpenter traitait avec génie du sujet de "l'ennemi intérieur", jonglant avec la Guerre Froide, les premières attaques du sida, les relents du maccarthysme. L'ennemi n'était pas l'autre, mais soi-même, c'est-à-dire aussi bien la communauté humaine que son propre moi. En appuyant trop sur l'altérité de sa créature, ce remake passe à côté de la chose : l'ennemi est définitivement autre (comme dans la première version de Hawks et Nyby d'ailleurs) et si elle phagocyte les corps des hommes, elle passe trop vite de l'un à l'autre pour que le discours prenne. C'est par exemple la scène-clé du Carpenter qui est passée à la trappe (avec une vraie volonté, puisque van Heijningen la démarre puis l'abandonne) : celle où on est obligé de confronter son propre sang à celui de la bête pour prouver son humanité. On remplace ici cette brillante idée par une simple vérification de plombages dentaires, c'est moins bien. Autre grand absent de la chose : l'humour, qui était très présent chez Carpi. Même si cette comédienne (Mary Elizabeth Winstead) est plutôt pas mal, il manque la crasse et l'impureté marrantes de Kurt Russell, et ce jeu à double tranchant qui faisait la sève du film de JC.

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Mais bon, foin des comparaisons, le moins qu'on puisse dire est que ce remake marque des points au niveau des effets spéciaux. Ils sont franchement de toute beauté, inventifs et très proches d'un imaginaire à la Lovecraft ou à la Bacon : corps qui s'étirent dans tous les sens, visages humains qui fusionnent pour devenir masque monstrueux, intégrités physiques mises à mal comme c'est pas permis, et alien suintant absolument immonde, on en prend plein les yeux, et le film gagne en spectaculaire ce qu'il perd en intelligence. Certes, la construction, répétitive et laborieuse, finit par effacer tout effet de surprise, mais on est quand même impressionné par cette imagination sans limite dans la torture des corps, qui confine parfois au surréalisme (la femme au très long cou qui devient une sorte de bête tout en continuant à avoir ce regard humain). C'est le seul fait notable dans cette production trop commerciale pour être honnête, et trop proche de son modèle pour être nécessaire.