vlcsnap-2013-01-07-18h49m13s56
Ah vraiment tout pour plaire là-dedans : un ton vintage absolument craquant, Vincent Price en maître des lieux blême et dandy, une blondasse qui hurle comme une dinde, des squelettes qui sortent des bains d'acide, une maison hantée, un jeune premier comme on n'en fait plus. Que de la joie. Ca commence par un cri de toute beauté sur fond d'écran noir, accompagné d'un rire lugubre genre "Gnnaaaa-ah-ah-AHAAAAAH" à vous faire froid dans le dos, et ensuite c'est parti pour 75 minutes de grand n'importe quoi dans l'épouvante : un couple convoque des invités dans une maison hantée, avec comme challenge : si vous ressortez vivants à l'aube, vous gagnez 10000 dollars. Il y a le docteur bien engoncé dans ses convictions scientifiques, l'alcoolo terrorisé qui croit aux goules, la vieille avide d'argent, le beau gars courageux, la femme vénale à qui on ne la fait pas, le maître des lieux lymphatique comme un Anglais, et surtout, surtout, cette jeune première, donc, dont l'organe vocal est inversement proportionnel à la puissance neuronale. Elle crie comme une déesse, et en a souvent l'occasion, entre une sorcière aveugle, une main de gorille, une pendue, un fantôme, une corde ensorcelée et 400 portes qui claquent. Par contre, elle a peut-être pas inventé l'eau tiède, comme en attestent ses différentes réactions face au danger ("Nora, il ne faut surtout pas rester seule / Ok, Lance, et maintenant, laissez-moi seule"). Adoré ce personnage, à qui le scénario fait subir toutes les tortures imaginables, avec un sadisme tout à fait délicieux.

vlcsnap-2013-01-07-12h47m14s0

Sinon, eh bien il faut reconnaître que ce gars William Castle n'est vraiment pas manchot pour mettre en scène cette improbable intrigue à tiroirs de commode ancienne. En un seul film plutôt court, il condense tous les motifs de l'épouvante classique, et s'en sort très très bien, filmant son décor post-moderniste plein de toiles d'araignées en vrai esthète, distillant une petite musique entre jazz et effets spectraux avec une belle finesse, et abordant sainement la chose avec un premier degré qui lui fait honneur. C'est pourtant au deuxième qu'on apprécie pleinement ce film, foutraque et éclectique, absolument impossible au niveau de la trame (une sombre machination avec twists sur twists aussi crédible que le retour de la gauche au pouvoir) mais vraiment impeccable formellement. On rigole comme des bossus devant la croyance indéracinable de Castle envers le genre, et on se dit que finalement il n'a pas tort : la plupart des recettes qu'il éprouve sont les mêmes que celles en vogue aujourd'hui : les à-plats des décors lors des apparitions de spectres affreux, l'utilisation finaude des sons, le huis-clos, le méchant sirupeux, le petit ton prophétique (le gars qui regarde la caméra lors du dernier plan en bavouillant : "They'll come for you ?..."), la maison piégée genre Saw, ... Bref, c'est toute une école, à laquelle ce film rend justice avec un classicisme qui force le respect. Je ne sais pas comment ce truc avait pu m'échapper jusque là : je lui voue immédiatement un culte.

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