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On avait un peu perdu la trace de notre ami coréen… Depuis l’époustouflant Locataires, le gars Kim semble rechercher un second souffle (Breath, for example, si vite oubliable…) et le couronnement par le Lion d’or à Venise de cette ultime œuvre pouvait laisser présager le meilleur… J’ai beau avoir parfois défendu KKD contre vents et marées, son dernier opus m’a, disons-le, franchement consterné. Psychologie à deux balles, écriture paresseuse, cinématographie au ras des pâquerettes (image laide et cadre à l’arrache… je ne parle même pas des zooms, on ne s’improvise pas Hong Sang-Soo), absence quasi-totale d’humour (sauf la glissade au début sur les tripes de poulet avec le couteau du tueur qui valdingue… faudra s’en contenter), j’ai regardé tout du long ce bêta thriller mélodramatique d’un œil morne en me demandant ce qui avait bien pu se passer dans la tête du jury vénitien (trop de pâté ?…)

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L’histoire est déjà un peu couillonne en soi : un sale voyou (Jeong-jin Lee, le regard éteint) est censé récupérer la thune de petits entrepreneurs qui bossent dans le même domaine (possèdent tous une machine-outil dans le quartier, pour la faire courte) et qui vivent tous, bizarrement, avec leur mère - on n’allait pas s’emmerder avec des personnages secondaires inutiles, certes : donc po de gamins, pas de père de famille) ; notre héros a une spécialité : estropier ses victimes pour toucher leur assurance-maladie (c’est tordu mais ça marche). Un type sans cœur, froid comme le métal de son couteau, qui n’a aucun remord à moudre un bras dans une machine ou à péter la rotule d’un gars en le faisant sauter du 3ème étage. Un vil individu, quoi… Il lui manque une bonne éducation, on se dit. Justement, cela tombe bien, la mère de cet orphelin surgit de nulle part et décide de se rattraper après 30 ans d’abandon. Mieux vaut tard. Notre loubard n’est po dupe, elle lui chante une berceuse, il l’est… C’est sûrement là que j’ai commencé à décrocher.

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Notre homme bourru, torturé et torturant ne va pas tarder à s’amollir grâce à la bonne influence de cette femme aux petits soins. Il perd la foi en son taff (pas forcément grave vu que certains types à l’agonie sont prêts à se mutiler eux-mêmes pour avoir de la thune, voire à se suicider pour mettre fin à leur tourment…) car il est bon d’avoir une maman. Bon leur relation est un peu tendue au départ (il essaie de « s’introduire » en elle (juste pour savoir d’où il vient… ?), elle le masturbe quand il fait des rêves érotiques… Oui la Corée est une autre culture, troublante parfois…) mais rapidement, ils forment une bonne équipe. Seulement ouilleouilleouille, notre héros fait la douloureuse expérience d’aimer quelqu’un et donc de s’attacher à elle… Les menaces qui pèsent sur sa nouvelle môman (au moins 3245 personnes aimeraient se venger contre lui après tous les sévices qu’il a fait subir) sont pour lui un enfer ; eh oui, il comprend enfin que lorsqu’on s’attaque à une personne pour la détruire, il y a souvent en plus des dommages collatéraux - les pauv’ petites mères âgées sans ressources qui souffrent. Nan ???? Si mon frère. J’aurais presque envie de vous livrer le clou de l’histoire (eh oui retournement de situation sur la fin, ‘tention) mais on le voit venir de si loin que bouarff, ce serait même po ruiner la chose. Si KKD a mis de l’eau dans son vin au niveau de la violence - au moins c’est soft, po besoin de faire la grimace (même le ptit lapin est écrasé hors-champ, c’est dire -, il a carrément mis du chlore dans sa limonade au niveau de la profondeur psychologique des personnages : le film semble avoir été écrit par un ado de 13 ans qui use jusqu’à la trame les grosses ficelles de « La piété filiale pour les Nuls ». Terrible déception.