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Commencer 2013 par un film anglais n'était pas forcément la bonne idée pour lancer cette année sur de bons rails, je vous l'accorde. Mais, à ma décharge, je ne m'attendais tout de même pas à trouver le pire film anglais de l'Histoire, ce qui fait finalement de Sightseers une sorte de spécimen unique. A force de traquer la monstruosité dans le moindre petit fait quotidien, à force de considérer que l'existence est une chienne et la Terre une horreur, il semble bien que nos amis britanniques aient trouvé en Ben Wheastley une sorte d'icône du cinéma anglais contemporain : son film est une hideur supérieure et suffisante, qui ferait passer les images crasseuses des premiers Monty Pythons pour du Rembrandt. Il s'agit de suivre un couple de tourtereaux en goguette à travers le pays, touristes un peu trash puisque monsieur, puis madame, mettent un point d'honneur à décimer tous les individus qui choquent leur sens de l'esthétique sur leur chemin. Une sorte d'amour passionnel qui fusionne dans la passion pour le meurtre, quoi, une sorte de Bonnie and Clyde sans le glamour et sans le discours. Bon, pourquoi pas ? Ce type d'idée a pu donner de bonnes choses dans le passé, de C'est arrivé près de chez vous aux Tueurs de la Lune de Miel.

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Le souci, c'est que Sightseers n'est jamais drôle comme l'est le premier, et jamais politique comme l'est le second. Il se contente de nous montrer une humanité grimaçante et horrible qui s'entretue, s'encule et éructe sans sens, se plaçant au-dessus de la porcherie pour regarder se débattre ces ombres d'humanoïdes. Jamais il ne parvient à rendre attachants ses personnages, à force de les habiller dans des costumes hideux, à force de les diriger vers la grimace, à force de les filmer en plans tordus, à force de les juger et de nous indiquer excatement ce qu'on doit penser d'eux. Du coup, le couple d'amoureux, dont on aimerait "partager" la passion, devient simplement un duo de pourceaux dont on ne montre jamais la moindre trace d'amour, de complicité ou de tendresse. Comme le reste de l'humanité (les victimes potentielles) est traitée sur le même mode (tous des débiles mentaux, des prétentieux, des vieux sales), on ne contemple qu'un jeu de massacre inutile, sans jamais rire, sans jamais réfléchir. Wheatley n'aime pas ses personnages, ne les crée que pour s'en moquer, et ce mépris imprègne tout le film. Le côté crypto-punk, grolandais disons, ne passe pas, car Wheatley n'a pas la plus petite chose à déclarer là-dessus : pas de posture politique, esthétique ou intellectuelle, pas la moindre envie de filmer ça, finalement. Comme en plus, formellement, le film est laid comme jamais (je m'en fous, je balance des noms, la chef-op s'appelle Jennifer Brooks), comme la succession de tubes années 80 qu'on nous fait entendre ressemble à la discothèque d'un geek pas sorti de chez lui depuis 30 ans, comme l'Angleterre nous est présentée comme un purgatoire rempli de musées du crayon et d'obèses ruisselants de sueur, comme le scénariste semble avoir un vrai souci crypto-anal qu'il devrait peut-être régler incessamment avec son psy (le nombre de "gags" à base de caca, ahahah, mdr, lol), on ne voit pas ce qu'il pourrait y avoir à sauver dans cette bouse condescendante et ricanante. Le plus mauvais film de l'année 2012 et 2013, et je pense que ça filera bien jusqu'en 2020.

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