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Les Cahiers ont trouvé cela génial, Télérama à chier, c'est toujours de bonne augure... Ou pas. Coppola nous emmène dans les dédales de la création avec l'histoire de cet écrivain de seconde zone (un "sous-King", cela en fait même un écrivain de troisième zone) en mal d'inspiration, en dépression depuis la mort de sa fille, en difficulté financière, pas au mieux avec sa femme, bref en mal... Il arrive dans une petite bourgade pour présenter son dernier ouvrage dont tout le monde se fout (le dernier Coppola... ohohoh), une ville étrange où il s'est passé des choses pas catho-catho : ainsi douze enfants - recueillis par un prêtre - auraient été assassinés la même nuit... Notre ami Val Kilmer - l'alcool fait définitivement grossir - va y croiser un étrange shérif : celui-ci se dit lui-même écrivain (classique) et se fait une joie de lui montrer le cadavre d'une jeune fille, toujours à la morgue, avec un pieu dans le coeur... Rêve, cauchemar, vision (featuring Edgar Alan Poe himself), imagination et réalité vont se mêler pour nous offrir une réflexion de "haute volée" (hum, hum) sur les affres de la création et la mauvaise conscience d'un créateur ayant besoin d'exorciser sa responsabilité dans la mort de sa fille (rien de moins que ça). On se dit "tiens, ne serait-ce pas la suite américaine de Poupoupidou avec un grand réalisateur internationalement reconnu, Poe remplaçant simplement au pied levé Monroe ?" Soyons sérieux, les Cahiers ont aimé.

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Franchement, et ce même si le film demande une certaine concentration (alors là, c'est la réalité... ouh attention, là il dort, ce doit être un rêve... ouh attention il a été assommé, c'est sûrement po la réalité... ouh attention, c'est un écrivain, il doit peut-être être en train d'écrire...), ce Coppola m'est une nouvelle fois tombé des yeux (Tetro m'a tenu la première demi-heure, L'Homme sans âge le temps du générique d'ouverture). Ce pseudo-mélange des voies narratives ne fonctionne jamais vraiment : entre une réalité plate sous-lynchienne et des visions imaginaires relativement laides (pas mon truc ces décors en numérique et ces personnages "surexposés", durant la nuit, à la lumière (de V. "diaaaaaphannne" à Poe qui semble sorti d'un (mauvais) film de Woody Allen (Midnight in Paris)) ; cette insistance lourdaude (l'horloge à sept cadrans donnant des heures différentes... cool) sur l'absence de repère dans l'espace-temps finit par être gavante : et tu vas voir qu'à la fin, en fait, il écrit un livre... Ouais, même que cela lui (Héros/Coppola) aura permis de régler ses comptes avec tous ses démons (oui, parce qu'il y a en plus de vrais morceaux autobiographiques là-dedans)... ; les personnages ne sont ni en 3 D, ni en 2, mais bien en une (originale l'idée d'un écrivain alcoolo qui fut prometteur, d'un vieux shérif chelou, d'une jeune fille diaaaaaphannne mais tellement touchante avec son appareil dentaire, d'un prêtre pédophile (je veux dire, pourquoi pas ?), d'un ado gothique qu'a piqué la moto de Rusty James (argh, j'avais adoré ce film que m'avait d'ailleurs fait découvrir au berceau l'ami Gols) ; et sous ses airs alambiqués et lourdement ficelé, ce Twixt m'a paru, au final, affreusement banal (terrible impression de déjà vu...), bref n'a pas coupé ma faim. Putain, je vais pas m'abonner à Télérama quand même... Non, je rassure mes proches, cela n'est qu'un accident, rien de critique...   (Shang - 16/12/12)

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Oui, moi, je serai moins critique que mon compère, avouant même avoir passé un moment sympathique avec ce Coppola, que je n'attendais certes pas là. Le mélange de grand savoir-faire et d'un amateurisme presque débutant m'a touché, et on ne peut que s'incliner devant la modestie du gars qui a quand même fait Apocalypse Now et Le Parrain, certes des chefs-d'oeuvre, mais pas des exemples de légèreté. J'ai comme l'impression que le côté artificiel, bancal, décrié par mon collègue, est voulu par Coppola : il s'agit de retranscrire la vision de son héros, alcoolo, médiocre écrivain, complètement ravagé par la mort de sa fille, hanté aussi bien pas son passé que par celui de cette petite ville, et plus largement par l'histoire américaine. Sans atteindre la puissance de Dracula, Coppola nous refait le coup de la traversée du genre d'épouvante, depuis Edgar Poe jusqu'à Hitchcock (avec Bruce Dern en référence), du gothique aux séries américaines en passant par Stephen King et ses premiers pas dans la Warner.  Bon, c'est sûr que ça ne va pas très loin, que pas mal de scènes sont ratées, que la symbolique est assez lourdaude et qu'on peut regretter par endroits les mégalomanies passées du bonhomme. Mais tout de même : il y a une vraie patte là-dedans, un ton franchement personnel qui finit par emporter le morceau, d'autant que l'humour y est assez fin et le sens esthétique bien en place. Beaucoup aimé par exemple ces visions macabres de la petite gamine littéralement maquillée de sang sur fond bleu et blanc, image hantée qui convoque pédophilie et virginité tout en même temps ; beaucoup aimé ce petit gamin attiré par la mort et le gore qui traîne au commissariat ; beaucoup aimé le jeu subtil et marrant de Kilmer ; beaucoup aimé l'artificialité du personnage du jeune vampire (qui récite Baudelaire dans le texte, eheh) et les coups de griffe que Coppola distribue au passage contre les productions ados récentes ; beaucoup aimé la "fausse féérie" de la scène du clocher, avec ces engrenages qui représentent la folie du personnage. Il y a ainsi mille effets vintage charmants, dont Coppola ne refuse jamais la kitscherie, et dont il renouvelle certains avec un vrai sens esthétique : les enfants qui sortent de la cave au ralenti, ou le gore de la fin, sont assumés comme des références culturelles.

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Il serait sûrement vain de chercher autre chose qu'un simple amusement léger dans le film. Histoire de l'Amérique vue par un écrivain raté (et un cinéaste vieillissant, du coup) ? On est tenté à certains moments, mais bof bof, ça ne va pas non plus très loin. Retraversée du cinéma du gars Francis Ford ? Pourquoi pas, mais de façon un peu vide de sens. Rélexion sur la disparition de la beauté et de l'innocence ? Déjà plus, grâce à ce très joli personage de petit fantôme juvénile aussi diaphââââne que tourmenté. En tout cas, ça prouve la profusion de lectures possibles. Mais ce qui reste, c'est l'impression d'un divertissement réussi, éclectique et tirant tous azimuth, à la fois trivial et profond, beau et laid, morne et captivant, grandiose et ridicule. Du cinéma, quoi...   (Gols - 09/01/13)

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